Beigbeder : 'Mon éditeur ne me refuse malheureusement rien'

Clément Solym - 17.09.2009

Edition - Société - Beigbeder - éditeur - refuser


Hier, Frédéric faisait le plaisir de venir à la rencontre d'un public trié sur le volet et composé d'heureux veinards qui avaient obtenu de la part de l'Express/Lire, en partenariat avec Virgin, une invitation VIP.

Au menu Philippe Delaroche, attablé avec le Beig, pour évoquer Un roman français, aussi bien que les influences du romancier. « Se lancer en littérature aujourd'hui, c'est comme pour un entrepreneur qui voudrait ouvrir une usine de sidérurgie ou investir dans la chaux », lance Beig avec humour.

Le visage serein, parfois grave, Beig répond aux questions du journaliste avec un calme et une assurance étranges. « Pourquoi s'intéresser à mon passé ? C'est une question d'âge. À 20 ans, on veut fuir, voyager, s'évader. Mais à 40 ans, on s'arrête sur sa vie. On se demande qui est cette famille, des gens qui vous connaissent vaguement. »

Et puis, tout romancier s'y met, un jour ou l'autre, à ce livre sur sa vie. Lui, c'était maintenant.

Ce roman français, un titre soufflé durant une interview, part tout à la fois de cette fameuse garde à vue, mais « s'il n'y avait eu qu'elle, ç'aurait été un simple témoignage à publier chez Fixot ». Alors que, depuis quelque temps, les notes sur son enfance s'accumulaient, le déclencheur de cette garde à vue servira de révélateur, « au sens photographique du terme ».

« J'avais vécu dans un roman. Toute mon enfance est une fiction », précise Beig, touchant. Et quand un petit malin lui demande si Alain Soral a lu son livre, question lourde de sous-entendus (l'affaire en partie expliquée par Le Mague), l'écrivain bloque et bafouille un peu.

Mais ne nous y arrêtons pas : Frédéric évoque aussi sa relation à la publicité, dont il a gardé « le goût de la sentence et de la phrase qui claque ». D'ailleurs, son truc, c'est que « toute époque, toute ambiance sont définies par une marque » dans ses livres. « Maintenant... je n'ai plus de haine par rapport à la publicité... au moins depuis que je n'y travaille plus. »

Même la question piège, de ses manuscrits, remis à l'éditeur, n'est pas éludée : « Vous refuse-t-on des livres écrits ? » demande une jeune femme. « Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu'il ne me le dira pas. » Avis à Grasset : Beig est susceptible, comme tous les écrivains, mais il apprécierait sûrement un retour plus concret.

En même temps, qui irait éventrer la poule aux oeufs d'or ?


Illustration Le Pixx