Belgique : à compter de 2018, un prix unique du livre à plusieurs vitesses

Nicolas Gary - 28.12.2017

Edition - Economie - prix unique livre - prix livre Belgique - librairies Bruxelles livres


Depuis l’adoption en France de la législation sur le prix unique du livre, la Belgique regardait avec envie cette loi française. Toute la Belgique ? Non : ici et là, de petits villages résistaient à l’envahisseur désireux de préserver la vie des librairies, les revenus des auteurs, et la santé des maisons d’édition. En 2018, les choses vont changer. Un peu...


The man in the bookstore
Adrian Tombu, CC BY 2.0

 

L’interprofession belge garde encore en mémoire que le prix unique avait failli être adopté en 2003, mais en dépit de la validation des deux chambres, une salve d’amendements avait eu raison du projet. Il avait alors fallu attendre que les entités fédérées au sein du pays soient en mesure d’accoucher de leur propre texte. 

 

D’un côté, la Flandre, de l’autre la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et étonnamment, ce qui avait toujours été impossible voyait le jour, ce 1er janvier 2017. Le prix unique du livre, fixé par l’éditeur, entrera alors en vigueur le 1er janvier 2018 – avec quelques substantielles différences. Ainsi, en Flandre, le prix ne reste unique que pour une durée de 6 mois, alors qu’en Wallonie, on table sur 24 mois. 

 

À quelques jours de l’entrée en vigueur de la législation, revient en effet une nuance de taille, décrite comme l’exercice du « surréalisme fédéral ». Le Vif avait déjà évoqué ce point mi-décembre, et la réalité s’impose : le ministre fédéral Kris Peeters a décidé qu’à Bruxelles, le prix unique sera une réalité alternative. Un peu comme la circulation différenciée des voitures à Paris, lors de pics de pollution.

 

Or, c’est bien une pollution culturelle qui va intervenir au 1er janvier. Les points de vente bilingues seront exemptés de prix unique. Pour que la loi s’applique, il importait en effet qu’un accord tripartite soit trouvé – et c’est finalement le ministre de l’Économie, Kris Peeters qui a tranché. À la ministre de la Culture de Wallonie-Bruxelles, Alda Greoli, il a expliqué que les libraires bruxellois auraient le choix dans le prix de vente. 

 

Quand mon libraire facturera la rentrée littéraire
au prix de la vidange

 

Et ce, pour éviter toute « source de tracas administratifs et d’incertitude juridique », affirmait le ministre fédéral. L’expertise juridique de la FWB se faisant attendre, on se tournait alors vers le syndicat des libraires francophones, dirigé par Philippe Goffe. Ce dernier avouait alors découvrir le sujet, avec une certaine lassitude, tant les lobbyings avaient puissamment joué autour du dossier. 

 

Ainsi, grandes surfaces et vendeurs en ligne qui interviennent à Bruxelles pourront proposer des remises fortes, quand les Flamands et les francophones n’auront que 5 % à offrir pour attirer le lecteur. « La concurrence que les deux nouvelles lois étaient censées gommer n’en sera qu’exacerbée », concluaient nos confrères du Vif. 



 

Intervenant dans l’émission La Prem1ère, Philippe Goffe, président de l’AILF, a cependant apporté des précisions. C’est bien en Wallonie que le prix unique entrera en vigueur, et il faudra attendre le courant de l’année 2018 pour le voir appliqué en Flandre, et conséquemment pour la Région de Bruxelles-Capitale. En tant que centre biculturel et bilingue, la région dépend du pouvoir fédéral.

 

Ainsi, « le gouvernement fédéral et le ministère des Affaires économiques [...] doivent légiférer en la matière et passer cet accord, faire en sorte que cet accord de coopération entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles soit signé et soit valable à Bruxelles », indique Philippe Goffe.

 

Un prix unique du livre dès 2018 :
la Belgique sonne la fin de la tabelle

 

Si le livre numérique est concerné, l’absence de remise pratiquée en France, et répercutée sur le marché belge avait passablement réglé la question. Ce sont donc les livres papier qui sont les premiers visés – prenant d’ailleurs en compte que la fameuse tabelle ne cessera pas non plus du jour au lendemain. Alda Greoli avait présenté le calendrier, désormais bien connu : 

  • Du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 : possibilité d’appliquer la « tabelle » librement.
  • Du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019 : une « tabelle » de maximum 8 % du prix de vente du livre pourra être appliquée.
  • Du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020 : une « tabelle » de maximum 4 % du prix de vente du livre pourra être appliquée.
  • À partir du 1er janvier 2021 : plus de « tabelle ».

 

La disparition ne sera donc que progressive, et certainement pas effective en 2018, indique le président de l’AILF. « Étant donné qu’on ne peut pas non plus traumatiser l’économie de nos librairies, il faut que ce soit fait progressivement. On ne peut donc pas changer au 1er janvier 2018 la valeur de nos stocks, par exemple », ajoute-t-il. 

 

Et tout cela en attendant que l’accord avec le fédéral n’intervienne pour mettre un terme à la situation ubuesque de Bruxelles...


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