Tabelle : Les politiques belges engagés pour un livre moins cher

Nicolas Gary - 10.06.2015

Edition - Justice - tabelle Belgique - livres distribution - politique édition


En Belgique, la question de la tabelle, cette surfacturation appliquée sur les livres français importés, prend une tournure politique d’importance. Après que la ministre de la Culture, Joëlle Milquet, a demandé qu’un projet portant sur le prix unique du livre lui soit remis – fin juin, début juillet – c’est le Mouvement Réformateur qui s’engage.

 

Belgique : Tournai, cathèdrale Notre-Dame de Tournai. XIIe

Le débat prend de la hauteur - vincent desjardins, CC BY 2.0

 

 

Réunissant des groupes politiques de droite et centre droit, le MR prend position ouvertement pour une réforme de la tabelle. Dans un communiqué transmis à ActuaLitté, le député Richard Miller et le bourgmestre de Bièvre, David Clarinval souhaitent « mettre fin à la tabelle, disposition par laquelle les éditeurs français imposent aux libraires, et donc aux consommateurs belges une majoration de prix qui constitue un surcoût important ». 

 

En réalité, ce ne sont pas les éditeurs, mais leurs distributeurs – en l’occurrence Inteforum Benelux (filiale du groupe Editis) et Dilibel (filiale du groupe Hachette Livre). 

 

Le député Richard Miller a sollicité, au cours de la commission de l’économie le ministre Peeters, président du Gouvernement flamand et ministre flamand de l’Économie, de la Politique extérieure, de l’Agriculture et de la Ruralité, concernant la suppression de cette pratique que d’aucuns qualifient d’archaïque.

 

Le député rappelle par ailleurs que le surcoût des ouvrages n’est en rien imputable « à des problèmes de transport puisqu’entre Paris et Bruxelles la distance est moins grande qu’entre Paris et certaines régions de France. Il a été justifié à une époque par les coûts de change entre le franc français et le franc belge, ce qui n’a plus de sens à l’époque de l’euro. La tabelle va à l’encontre des règles du marché européen ».

 

Dans sa réponse, le ministre Kris Peeters explique que, pour l’heure, « l’instance fédérale de contrôle ne dispose pas de suffisamment d’exemples de libraires belges qui auraient refusé le principe de surcoût et qui en conséquence n’auraient pas été desservis par les distributeurs ». Il estime donc que l’instance en question n’a manifestement pas assez joué son rôle « pour protéger les consommateurs-lecteurs belges, essentiellement francophones ».

 

Richard Miller et David Clarinval déposeront prochainement une proposition de résolution pour appuyer la démarche de la ministre, « dans toute démarche qu’il pourrait mener auprès de son collègue français ». Ils réclament également que l’instance fédérale de contrôle entame une démarche proactive sur le sujet.

 

L’idée de solliciter le gouvernement français ne date pas d’hier : déjà en 2010, suite à une étude du CAIRN, Le service de la Recherche du Secrétariat général, et ministère de la Communauté française envisageait de faire appel à la France sur ces questions.

 

C’est pourquoi cette concertation devrait s’opérer sous l’égide du ministre français de la Culture et de sa direction du livre. Seul un arbitrage public peut être à même de faire prévaloir l’intérêt général. Les aspects économiques de cette question ne sont, en effet, pas seuls en cause. La protection des consommateurs, la diversité culturelle et, en définitive, l’avenir du livre de langue française, dans un contexte de mutation technologique sans précédent, réclament plus que jamais la régulation de la puissance publique.

 

Depuis plusieurs semaines, le mouvement de contestation avait été relancé, alors que le groupe Editis s’apprêtait à racheter la filiale de distribution Volumen (groupe La Martinière). ActuaLitté a pu apprendre que, si cette vente est encore soumise à la validation de l’Autorité de la concurrence en France, les maisons diffusées par Volumen conserveront les mêmes conditions commerciales pour la Belgique.