Benchicou : la ministre prend les Algériens pour des gogos

Clément Solym - 04.05.2011

Edition - Société - algérie - benchicou - ministre


Réponse du berger à la bergère, et échange d'amabilités entre l'écrivain Mohamed Benchicou et la ministre de la Culture d'Algérie. Après un démenti officiel de l'intéressée, l'écrivain riposte dans une tribune présentée sur Dernières Nouvelles d'Algérie.

Le fond de la querelle, c'est l'interdiction du dernier livre, Le mensonge de Dieu, en Algérie, pays d'origine du romancier. Interdiction, ou du moins, le refus que la ministre, Khalida Messaoudi, aurait formulé d'accorder un numéro d'ISBN pour la publication du livre.

Les Algériens pris pour des gogos

« Je constate d’abord que, en comparaison à octobre 2008, Madame la Ministre a perdu de son arrogance. Le fait que les médias internationaux se soient emparés de l’affaire dans cette conjoncture mondiale défavorable au régime algérien l’a forcée à plus d’humilité et, fatalement, à plus de duplicité », explique-t-il.

Et d'ajouter sans aucun ménagement : « Mme Toumi prend les Algériens pour des gogos. Et des gogos amnésiques. Qui a oublié que le précédent directeur de la Bibliothèque nationale, M. Amine Zaoui, a été limogé, par elle-même, en octobre 2008, pour avoir délivré un numéro d’ISBN à… Mohamed Benchicou pour son livre « Journal d’un homme libre » ? »

Reste que le problème de l'obtention d'un numéro d'ISBN se pose toujours, et justement, puisque c'est par son fait que la formalité administrative a été modifiée de la sorte. « Pourquoi ne souligne-t-elle pas que des maisons d’édition se voient systématiquement refuser le “numéro d’ISBN” au point que certaines d’entre elles ont fermé ? »

Histoire de manipulation

Accusant la ministre de recourir à des méthodes hypocrites de camouflage typiques du pouvoir : « ce n’est jamais lui qui interdit les journaux, c’est l’imprimerie qui arrête d’imprimer les journaux pour « factures impayées » ; ce n’est jamais lui qui met en faillite un journal, c’est le fisc qui prend l’initiative d’un redressement fiscal ; ce n’est pas la ministre qui a interdit le livre, c’est le directeur de la Bibliothèque nationale qui a décidé –pourquoi ?- de ne pas délivrer un numéro d’ISBN. Comme chacun sait, l’imprimerie, l’administration fiscale et le directeur de la Bibliothèque nationale sont totalement indépendants de la tutelle. »

Revient-il au gouvernement de décider de ce que les Algériens doivent ou peuvent lire, interroge l'écrivain. Alors que ce même pouvoir humilie éditeurs et écrivains en les brimant de la sorte.

« Rendez aux éditeurs algériens leur dignité ! En 2008, je vous avais promis de ne jamais me taire devant vos voies de fait, devant cette profanation de l’État de droit embryonnaire et que jamais je ne me ferai complice de la banalisation de l’acte totalitaire.

Rétablissez le droit d’éditer, le droit de lire, le droit d’être ! Je ne vous reconnais pas la prérogative de décider pour moi ni celle de faire de moi un écrivain de l’exil. Je combattrai l’arbitraire, le vôtre et celui de vos supérieurs, jusqu’à mon dernier souffle.
»