Bénévolat des auteurs : l'État exemplaire ?

Nicolas Gary - 25.04.2020

Edition - Economie - auteurs rémunération Etat - Etat exemplaires revenus


L’enveloppe d’un million d’euros de l’État à destination des auteurs du livre a permis la dotation de la Société des Gens de Lettres, à qui le Centre National du Livre a délégué la distribution des aides aux auteurs. Déjà, de nombreux problèmes et dysfonctionnements ont été pointés, autant par des organisations professionnelles que par les auteurs eux-mêmes.
 


La commission de la Société des Gens de Lettres a commencé son travail, mais reste un problème de taille. Cette commission interne supposée être garante de la transparence et de la sélection des dossiers des auteurs repose sur le... bénévolat des auteurs.

La Ligue des auteurs professionnels indiquait dans un communiqué ne pas pouvoir y participer. « Le Centre National du livre a proposé à la Ligue des auteurs professionnels de rejoindre une commission interne à la Société des Gens de Lettres, pour évaluer l’éligibilité des dossiers. Ce travail étant bénévole, et nos membres étant eux-mêmes des auteurs et autrices précaires, ils ne peuvent en plus travailler gratuitement pour ce dispositif social qui devrait incomber à l’État. Cela questionne de façon générale la façon dont le bénévolat est systématiquement demandé aux artistes auteurs, par l’État lui-même, supposé être exemplaire. »


Bobo ? Steinchen CC 0

 
De son côté, La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse allait faire prendre part ses salariées à la commission des dossiers, en fonction du temps disponible.

En revanche, du côté du Centre national des arts plastiques, dont les aides sont aussi accessibles aux dessinateurs et dessinateurs qui travaillent très souvent dans plusieurs secteurs culturels, le temps du bénévolat est terminé. Dans une interview dans Le Journal des Arts, Béatrice Salmon, la directrice, vient d’annoncer que les artistes auteurs membres des commissions du CNAP seraient rémunérés 500 euros par jour de présence et 800 euros pour deux jours.

Cette dernière explique : « Il faut bien comprendre que le travail en commission ne se limite pas à assister à la commission, il y a une importante phase de préparation. Les bénéficiaires en sont les artistes et auteurs présents au titre des personnalités qualifiées ; cela représente environ une trentaine de personnes. Les membres de droit sont salariés, donc rémunérés, et cela rentre dans leurs missions. » 

Or, qu'un artiste, qu'un auteur s'implique dans une commission, signifie qu'il n’est pas chez lui, à travailler. « Cette mesure sera pérennisée au Cnap. Cela rejoint la problématique plus générale de la rémunération des artistes et auteurs dans le domaine des arts visuels, dossier dont s’est saisie la Direction générale de la création (ministère de la Culture) depuis plusieurs mois. Dans cette continuité, le Cnap s’engage dans une réécriture des contrats de prêts pour demander aux emprunteurs de respecter ce droit », poursuivait Béatrice Salmon.

Alors que le rapport Racine préconisait une exemplarité de l’État, le résultat semble loin d’être au rendez-vous. De même, chaque Centre National semble appliquer sa propre grille de rémunération et ses propres décisions... de quoi s’y perdre. La question demeure : qui pilote la politique à l’égard des artistes auteurs au ministère de la Culture ?

Si Franck Riester avait promis dans ses annonces la nomination d’un véritable expert artiste auteur dans son cabinet, aucun nom n’a été dévoilé. 


Commentaires
!!! on ne sait pas ce qui est le pire : le Centre National du Livre qui délègue le travail de dossiers à un guichet privé qui n'a pas l'air très opérationnel ou la Société des Gens de Lettres supposée défendre le droit d'auteur qui trouve ca normal de demander à des auteurs de faire du travail bénévole....? Plus on en apprend et plus on comprend pourquoi les auteurs sont dans cette situation : ils sont très mal défendus depuis longtemps.
J'avais compris (peut-être mal) qu'auteur était celui ou celle qui travaillait à l'écriture de son premier manuscrit, alors qu'écrivain était celui ou celle qui était déjà édité.



En tout cas, écrire quotidiennement m'a enseigné que les mots sont extrêmement précis et que le mot "auteur" en l'occurence pouvait être un mot fourre-tout (tous les artistes sont de fait auteurs, et pourquoi pas également toutes celles et ceux qui créent quelque chose d'unique : inventeurs, artisans...), qui peut au final desservir l'objectif que les écrivains se sont fixés, à savoir obtenir un statut protecteur spécifique.



Ecrivain est un métier, un cépage. Auteur, une appellation d'origine (que l'on voudrait) contrôlée (par l'Etat).



Attention à ne pas diluer le sens du mot écrivain en l'associant à toute création quelle qu'elle soit, au risque de la vider de son sens.
Les auteurs (du moins tels qu'ils apparaissent dans Actualitté) sont tout de même de grands comiques !

Ainsi donc, selon la Lap, ce serait à l'Etat de s'occuper des pertes de revenus des auteurs : et pourquoi pas de leurs revenus aussi, puisque nous y sommes ?

Déjà, rien que le mot "auteur" devrait être banni. Soit on est dessinateur, soit on est écrivain, soit on est scénariste, mais on n'est pas auteur : le mot "auteur" est non seulement imprécis, mais aussi pétri de connotations mystico-religieuses. Est auteur celui qui crée : à partir de quoi, du néant ?

Donc nous avons affaire à des écrivains, des dessinateurs, des scénaristes qui, pour l'essentiel, travaillent selon le régime le plus libéral qui soit. Pour une très large part, ils fabriquent des produits culturels que personne ne leur a demandés et dont la valeur marchande est très aléatoire (ce dernier point restant vrai quand l'artisan fabrique sur commande). Ils ne sont professionnels que parce qu'ils en tirent un revenu plus ou moins important, plus ou moins régulier, et que ce revenu constitue la plus grande part de leurs ressources. Fort bien.

On peut évidemment comprendre leur désir de jouir d'un revenu plus important et plus régulier. Sinon que, pour le coup, ils n'ont pas forcément choisi le bon créneau, ou alors c'est que la valeur marchande de leurs productions est très en-deça de leurs prétentions.

Les métiers d'écrivain, de dessinateur ou de scénariste sont tout de même, presque par nature, extrêmement libéraux : pas d'obligation de résultats ni même d'obligation de moyens, ils sont rémunérés selon ce que rapporte leur travail. Cette liberté, qu'on pourrait croire souhaitable (voire désirable), a un revers : quand leur travail ne rapporte rien, ils ne touchent rien.

Il y aurait bien une autre solution, mais je doute que les écrivains, dessinateurs et scénaristes la trouvent à leur goût : qu'une instance professionnelle ou publique les rémunère plus régulièrement, et avec une certaine sécurité. Mais cela impliquerait que les écrivains, dessinateurs et scénaristes se plient aux instructions qui leur seraient données : vous me fabriquez ça en tant de temps et en tant de nombre de signes ou de pages illustrées, vous serez rémunérés tant, et si on casse la baraque avec votre production, c'est l'instance (professionnelle ou publique) qui touche le jackpot (ben oui, pas de raison que l'instance en question soit la seule à prendre des risques sans en tirer bénéfice). Ce pourrait être l'éditeur (Fais-moi un polar de 250 pages, j'en ai ras-la-gaufre de tes poésies qui ne rapportent rien)... ou l'Etat, ben tiens donc !

Et là l'agence publique chargée de pouponner les écrivains, dessinateurs et scénaristes aurait évidemment toute liberté de ne pas reconduire les contrats avec les auteurs qui, pour une raison ou pour une autre, ne conviennent pas à sa politique de production d'écrits ou d'illustrés. Mais c'est que ça serait carrément génial, ça ! Back to USSR, et que ça saute !
Ou juste que comme il n'y a aucune règle pour eux ceux qui créent sont toujours mal payés parce que rien n'oblige à les rémunérer dès qu'ils bossent...?
@ Antoine :

Vous bossez, vous bossez... Moi, je veux bien. Mais est-ce que quelqu'un vous a demandé de fabriquer (et non pas de "créer" : vous n'êtes pas d'essence divine) vos productions et les fabriquez-vous de votre propre initiative ? Et par ailleurs, qu'est-ce qu'elles rapportent, en termes de valeur marchande, vos productions ? Si on cause de rémunération (c'est-à-dire de la répartition de la plus-value), à un moment il va bien falloir se poser la question du montant de la plus-value, non ?

Mettons que je me toque de devenir styliste alors qu'a priori rien ni personne ne permet de soupçonner que j'en aie les compétences. Si les fringues que je dessine, pourquoi devrais-je être payé pour ça ?

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@ JB

Bonne nouvelle pour vous : vous jouissez déjà des mêmes droits fondamentaux que le reste de la population. J'espère que cette information va vous faire barboter dans un océan de félicité.

Quant au statut, vous en avez un : travailleur indépendant. Il a des avantages, il a des inconvénients, à vous de choisir et de peser le pour et le contre, mais ne venez plus nous caguer une pendule avec ça.

Pour ma part, ça fait longtemps que j'ai choisi : comme il est douteux que j'écrive un jour quoi que ce soit qui réponde à mes ambitions défuntes, je n'écris pas. C'est mon choix, ça ne signifie pas que ça doive forcément être le vôtre : si vous pensez que vous avez un truc irremplaçable à partager, super, et si vous pensez que votre truc irremplaçable peut vous faire croûter, c'est carrément génial.

Si vous pensez que vous n'avez rien d'irremplaçable à partager mais que vous pouvez faire du bon boulot qui vous permette d'en vivre, très bien aussi. Mais dans ce cas-là faites le taf et ne venez pas chouiner parce que le secteur économique (la fabrication de produits culturels) où vous avez choisi d'évoluer est probablement le plus concurrentiel qui soit.

Franchement, ça commence à bien faire,les pleurnicheries des Zauteurs qui voudraient en même temps le statut de fonctionnaire et la reconnaissance de leur génie.
"On peut évidemment comprendre leur désir de jouir d'un revenu plus important et plus régulier.



Je pense que vous n'avez rien compris au combat des auteurs. Ni moi ni mes collègues auteurs n'avons demandé un revenu plus important et plus régulier. Nous demandons à avoir un statut et les mêmes droits fondamentaux que le reste de la population, point.
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