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Benoît Peeters et François Schuiten : bienvenue dans les Cités obscures

Cécile Mazin - 24.04.2014

Edition - Bibliothèques - Benoît Peeters - François Schuiten - BnF


Depuis trente ans, Benoît Peeters et François Schuiten sont les créateurs d'une œuvre aussi unique qu'originale et les inventeurs d'un univers parallèle devenu culte. En 2013, ils ont offert à la BnF les dossiers de création et les planches originales de quatre albums de la série des Cités obscures. L'exposition présente ce don remarquable et rend hommage aux deux artistes, représentants emblématiques de l'évolution de la bande dessinée franco-belge.

 

 

 

D'Alta Plana à Xhystos, de Mylos à Urbicande, d'Alaxis à Armilia en passant par Galatograd ou Porrentruy, les célèbres Cités obscures et leur magie poétique ont pris vie sur les planches de François Schuiten et dans les récits de Benoît Peeters, inséparables créateurs depuis la quête des Murailles de Samaris qui les a révélés jusqu'au n° 53 d'À suivre paru en1982.

 

L'amitié entre les deux hommes remonte au collège Don Bosco de Bruxelles, où ils créèrent en duo un éphémère journal illustré, GO. Schuiten, fils d'architecte bruxellois, publié dans le Pilote belge à 16 ans à peine, passe ensuite par le mythique Atelier R de Saint-Luc et intègre l'écurie Métal Hurlant où il publie de la science-fiction en forgeant son style. Peeters, écrivain et critique, élève de Barthes, publie quant à lui des romans et s'impose comme spécialiste d'Hergé et de la bande dessinée.

 

En 1981, les deux complices proposent à l'éditeur Casterman le synopsis de Samaris, inaugurant ainsi une création commune, nourrie des idées de chacun selon un ping-pong continu.


Dans un univers rétrofuturiste évoquant l'Art nouveau, un jeune homme se perd dans l'exploration d'une ville où tout semble en trompe-l'œil. L'expérimentation graphique rencontre un récit mystérieux et elliptique. Suivent notamment La Fièvre d'Urbicande (1985), La Tour (1987), La Route d'Armilia (1988), Brüsel (1992), L'Enfant penchée (1996) et des ouvrages hors-normes, comme L'Archiviste (1987), qui développent un univers tentaculaire et cohérent. Doté de sa propre chronologie, géographie, climatologie et géopolitique, ce monde, baptisé a posteriori Les Cités obscures, multiplie les références au XIXe siècle et à son culte du progrès scientifique, comme à ses artistes : on y croise

Gustave Doré, Jules Verne et son personnage Michel Ardan.

 

La vapeur et l'architecture métallique sont omniprésentes, dans une révolution industrielle suspendue. Les grands mythes de l'humanité comme la Tour de Babel ou les concepts intellectuels comme le Réseau, les théories architecturales, urbanistiques et les doctrines politiques côtoient le fantastique, les voyages extraordinaires entre différents mondes et la folie des esprits. Les dossiers de création et les planches originales données à la BnF proviennent de quatre albums majeurs : Les Murailles de Samaris, La Tour, L'Enfant penchée et L'Ombre d'un homme, rejoints par les étranges cas des Mystères de Pâhry.

 

Chacun illustre une technique différente de l'art de François Schuiten, dessinateur et coloriste, ainsi que le processus de création de deux amis, avec scenarii, esquisses et story-boards.

 

La présentation de ce don permet ainsi d'évoquer, entre autres, les thèmes du secret et de la révélation si présents dans Les Cités obscures et de mettre en valeur la géniale collabo- ration de ces deux inséparables explorateurs du 9e art, honorés en 2012 par le Grand Prix Manga japonais.