Benoîte Groult, auteure féministe engagée, décédée à l'âge de 96 ans

Orianne Vialo - 21.06.2016

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Journaliste et écrivaine, Benoîte Groult a marqué les esprits par son militantisme féministe. Véritable figure de la littérature féministe française du XXe siècle, la romancière est décédée dans la soirée du lundi 20 juin à Hyères (Var), à l’âge de 96 ans. Elle qui a pris part au « Manifeste des 343 salopes » paru alors dans Le Nouvel Observateur, en 1971, s’était engagée corps et âme dans la lutte féministe pour l’avortement et contre la misogynie. 

 

(Esby / CC BY-SA 3.0)

 

 

C’est sa fille, Blandine de Caunes, qui a communiqué la nouvelle à l’AFP ce matin. « Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir. Elle a eu une belle vie. Il y a le choix de la mort mais c’est mieux ainsi car n’allait pas très bien » a-t-elle indiqué. Née le 31 janvier 1920, celle qui a marqué son époque avec son franc-parler, est la fille d’André Groult, un styliste de meubles renommé dans les années 30, et de Nicole Poiret, dessinatrice de mode. Après une licence de Lettres obtenue à l’université de la Sorbonne, elle devient professeure au cours Bossuet à Paris durant la Seconde Guerre Mondiale.

 

Audrey Azoulay a également tenu à lui rendre hommage :

 

Benoîte Groult était l’une des figures les plus marquantes du combat féministe.

 Après avoir exercé la vivacité de sa plume comme journaliste vedette dans les colonnes d’Elle et de Marie-Claire, Benoîte Groult s’était lancée avec bonheur dans l’aventure littéraire, d’abord en compagnie de sa sœur Flora. Du temps de cette collaboration, il nous reste encore en mémoire de très beaux titres comme « Journal à quatre mains », « Le Féminin pluriel » ou encore « Il était deux fois ». 

Seule, cette fois, Benoîte Groult écrira un peu plus tard un de ses livres les plus frappants sur la condition féminine : « Ainsi soit-elle ». C’était en 1975. Pour les quatre-vingt-dix ans de l’auteur, l’ouvrage avait été réédité avec le même succès. Trente-cinq ans après, il apparaissait toujours comme un livre nécessaire. Preuve s’il en est que certaines victoires ne sont jamais définitivement acquises. 

 

 

Pourtant, ce n’est que bien plus tard que Benoîte Groult s’essaie pour la première fois au journalisme, son futur métier. Durant dix années (jusqu’en 1964), elle glisse d’un journal à l’autre : d’abord la Radio Télévision Française, puis elle collabore aux publications d’ELLE, Parents ou encore Marie-Claire. 

 

Avec sa soeur Flora qui est déjà écrivaine, elle fait ses premiers pas sur la scène littéraire. Journal à quatre mains (1958), est le premier succès rencontré par les deux soeurs. Rédigés alors qu’elles étaient encore adolescentes, de 1940 à 1945, ces mémoires autobiographiques font état de leur vision d'une France occupée, où elles dépeignent sans tabou le marché noir, les règles, la répression et la TSF clandestine. En 1965, elles sortent leur deuxième ouvrage commun, Le féminin pluriel (éd. Denoël), puis Il était deux fois en 1967. 

 

En 1972, Benoîte Groult publiera son premier roman personnel, La part des choses.

 

La lutte pour le féministe : un combat de toute une vie

 

Peu de temps après, en 1975, elle sort son premier essai sur la condition féminine, intitulé Ainsi soit-elle (éd. Grasset). Faisant l’effet d’un électrochoc au moment de sa sortie, Benoîte Groult fut la première à décrier publiquement la pratique de l’excision. 

 

Usant de l’humour pour être entendue, l’auteure a écrit ce livre pour crier haut et fort la nécessité du féminisme dans la société. « Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme, mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes […] Il faut que les femmes crient aujourd’hui. Et que les autres femmes - et les hommes - aient envie d’entendre ce cri. Qui n’est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, mais un cri de vie » écrivait-elle. Traduit en plusieurs langues, ce livre est devenu un véritable manifeste de la condition et de l’émancipation de la femme. 

 

Continuant sur sa lancée, elle devient jury du prix Femina, récompense créée en 1904, qui salue chaque année une œuvre de langue française écrite en prose ou en poésie. Avec un jury exclusivement composé de femmes, ce prix a vu le jour et réaction au machiste Goncourt. Il permettait alors aux auteures de remporter, elles aussi, un prix littéraire, qui était essentiellement accordé aux écrivains à l'époque. 

 

En 1978, elle fonde le mensuel féministe F Magazine avec Claude Servan-Schreiber, et y occupe le poste de directrice adjointe et d’éditorialiste. Cependant, considéré trop bourgeois par les féministes les plus engagées, le périodique disparait en février 1982. En 1984, elle préside la Commission de terminologie pour la féminisation des noms, sous l'égide de la ministre déléguée chargée des Droits de la femme, la socialiste Yvette Roudy.

 

Récemment décorée grand-officier de la Légion d’honneur (25 mars 2016), Benoîte Groult avait aussi été nommée Citoyenne d’honneur de la ville de Roanne le 7 mars 2010, et décorée grand officier de l’ordre national du Mérite le 2 décembre 2013 à l’occasion du cinquantenaire de l’ordre national du Mérite.

 

 

(via WikipédiaParis Match)