Berlinale : L'Enlèvement de Michel Houellebecq, un rôle enlevé

Julien Helmlinger - 10.02.2014

Edition - International - Michel Houellebecq - L'enlèvement - Docu-fiction


Quand Michel Houellebecq interprête Michel Houellebecq, dans un film évoquant son absence. Dans une oeuvre réalisée par Guillaume Nicloux pour Arte, où s'entremêlent documentaire et fiction, l'écrivain français se fait acteur et rejoue un épisode loufoque de son existence. L'Enlèvement de Michel Houellebecq, présenté en avant-première à la Berlinale, voit son histoire débuter en septembre 2011, tandis que la rumeur de l'époque suggère un possible kidnapping du dernier Goncourt en date.

 

 



Relayé par l'AFP, le cinéaste Guillaume Nicloux a expliqué sa démarche depuis Berlin : « J'avais envie de partir d'un fait divers qui était celui dont la presse s'était emparée par rapport à une absence de Michel à un colloque. On est parti là-dessus, et je me suis plu à imaginer ce qui aurait pu se passer pendant cette absence, cette disparition. »


Dans cette aventure, l'auteur des Particules élémentaires se retrouve confronté à un trio de petits malfrats qui vont le séquestrer dans un pavillon du Loir-et-Cher à la décoration bien kitsch. L'équipe de kidnappeurs se compose d'un Gitan obèse et impulsif, un body-builder suceptible et autre adepte du free-fight et des canidés de combat... bientôt rejoints par les parents de l'un d'entre eux, hauts en couleurs, Ginette et Dédé, respectivement prostituée et mécano.

 

Malgré l'enlèvement, une relation se noue entre ces personnages, au fil de dîners bien arrosés en tête-à-tête, où les dialogues se feraient tantôt surréalistes et le plus souvent hilarants. L'écrivain  a d'ailleurs confié : « C'était improvisé [...]. Je pense que je serais capable d'apprendre un texte s'il le fallait mais un texte, j'aurais peut-être tendance à le réécrire, je serais pénible avec un texte. »

Le réalisateur a quant à lui précisé : « Il y a eu une tonalité qui a été donnée [...] cette tonalité de comédie mais aussi une tonalité sentimentale où une empathie se crée entre chacun des personnages. ». Au sein de cette communauté improbable, le personnage de Michel, comme tout le monde l'appelle, est amené à causer Seigneur des Anneaux, Lovecraft, paternité, ou encore démocratie représentative en Suède... avec une petite attention pour le milieu littéraire « volontiers dans la pédophilie »...

 

Une fiction aux allures de documentaire

 

Une fiction qui ne retranscrit pas la réalité cachée derière le fait divers de l'époque : l'écrivain, pendant son absence, ne souffrait à vrai dire que d'une panne d'accès à internet, un souci pour réserver ses billets d'avion et n'avait simplement pas décommandé ses rendez-vous.

 

Le récit n'est pas toujours prémédité. « Je pense que j'ai été pris en partie pour ça car l'une de mes caractéristiques, c'est qu'on sait jamais trop ce que je vais dire, donc je suis surprenant », souligne l'écrivain et poète. Houellebecq, dans le film, se fait tantôt drôle mais aussi plus sentimental, contrastant parfois avec son image dans les médias.

« Ce qui m'a donné envie de faire ce film, c'est Michel, pas Houellebecq, l'image de Michel Houellebecq ne m'intéresse pas, ce qui m'intéresse c'est la personnalité de Michel, c'est lui qui m'a donné envie de faire le film, c'est cette condition humaine-là qu'il m'intéressait de travailler, de confronter Michel à des personnages assez hauts en couleur et de voir ce qui allait se produire », explique le réalisateur.

Et l'auteur finalement pas kidnappé, de confier : « Ce qui est surtout troublant, c'est que ma vie ordinaire n'est pas tellement plus intéressante, c'est la vérité, c'est assez embarrassant comme conclusion, je suis obligé de convenir que ma vie est pas terrible. »