Bernard Pivot : la librairie, "c'est partir à la découverte du monde"

Julien Helmlinger - 13.01.2014

Edition - International - Bernard Pivot - Le Bleuet - Librairie


Nouveau président de l'Académie Goncourt, évidemment passionné de lectures, Bernard Pivot s'est exprimé ce dimanche sur RTL Matin, prenant la défense du métier de libraire face à la concurrence des boutiques en ligne comme Amazon. Selon le journaliste, qui confie apprécier se rendre lui-même dans les magasins physiques afin d'y feuilleter les ouvrages : « Commander des livres sans bouger son cul, cela cause du tort aux libraires. »

 

 

 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

La réaction de Bernard Pivot sur RTL intervient tandis que les ventes s'effondrent en librairies, voyant quelque 250 libraires mettre la clé sous la porte chaque année en marge de l'avènement du commerce en ligne. La librairie Le Bleuet, véritable institution localisée à Banon dans les Alpes de Haute Provence, est notamment citée en exemple dans l'émission matinale de la radio. 

 

Cette enseigne, qui se revendiquait sixième librairie nationale en nombre de références et lançait elle-même sa plateforme en ligne à renfort d'un second local physique à Banon, au cours du mois de septembre 2012, ne serait plus en mesure de faire face à ses échéances. 

 

Son fondateur Joël Gattefossé exprimant désormais la nécessité de récolter quelque 300.000 euros de banque, une association de soutien est en train de se mobiliser pour la boutique. Le libraire confie avoir manqué son effet avec son site internet et prévoit d'en créer un autre d'ici le mois de septembre prochain.

 

Bernard Pivot, qui compte lui-même au rang des clients du magasin, affirme : « Il est évident que toute cette communication électronique, cette manière de commander les livres sans bouger son cul de chez soi, ça cause du tort aux libraires. »

 

Le président de l'Académie Goncourt précise : « Tout le monde n'est pas comme moi, ce que j'aime c'est d'aller en librairie, prendre les livres, les feuilleter, les retourner et en lire les quatrièmes de couverture, et y'a des gens qui trouvent que c'est beaucoup plus simple de décrocher son téléphone ou d'envoyer par internet un avis d'achat. »

 

Bernard Pivot reste très attaché au caractère physique du livre et compare notamment le libraire et l'épicier en affirmant que « si on veut acheter les meilleurs poireaux, pommes de terres ou des fraises, si on veut avoir les meilleurs il faut aller dans l'épicerie parce que sinon on sait pas trop bien ce qu'on va nous livrer ». Tandis que le livre,  souligne-t-il, « c'est le même partout ». Et de déplorer que de plus en plus de personnes aient recours, notamment chez les jeunes, estime-t-il, à l'achat électronique, perdant la sensualité liée à l'achat en librairie. Alors, le véritable drame n'est pas que les gens lisent moins, mais que le pays compte moins de gros lecteurs.

 

Pour conclure, le journaliste invite le public au pèlerinage, en soutenant que d'aller « dans une librairie, c'est partir à la découverte du monde. La librairie est le lieu de l'intelligence, de la poésie,du romanesque, du sentimental par excellence ».

 

(via RTL)