Bernès raconte Borgès, une rencontre de tangos et d'auteurs

Clément Solym - 17.08.2010

Edition - Société - borges - mémoire - bernes


À l'occasion de la parution d'un ouvrage au Cherche Midi J.L. Borges : la vie commence, son auteur Jean-Pierre Bernès, ami et proche du romancier, raconte encore et encore cet auteur, après avoir réédité dans la collection Pleïade, les Oeuvres complètes.

« La rencontre avec Borges fut la plus importante de ma vie. Une complicité est tout de suite née entre nous, ainsi qu'avec Adolfo Bioy Casares et sa femme Silvina Ocampo. Je les appelai Les enfants terribles », raconte-t-il dans un entretien accordé à l'AFP.

Bernès avait été attaché culturel à l'ambassade France de Buenos Aires, une mission qu'il avoue n'avoir acceptée qu'à condition de pouvoir rencontrer cet auteur, tant admiré à travers ses textes. Et cette rencontre eut lieu, en 1970, une après-midi qu'il conserve en mémoire comme « pleine de tangos et d'arbres en fleurs ».

Bernès et ses souvenirs n'auront cependant pas vécu un amour posthume pour l'auteur qui fut de tout repos. Maria Kodama, la veuve de Borgès avait, en avril dernier, fait opposition à toute réédition, notamment dans la Pleiade.

Selon les dires d’un avocat, ce serait tout simplement parce que Jean-Pierre Bernès, le traducteur de l’œuvre, aurait commis une erreur quant à la date de la première rencontre entre Borges et Maria Kodama, la retardant quelque peu.

Que vive Borges et son oeuvre

Un combat judiciaire que Bernès aura remporté à deux reprises, mais sur lequel il ne s'étendra pas. Ce qui importe, avec cette parution dans La Pleïade, c'est que vive de nouveau l'oeuvre de Borges. « Quand il a su qu'il allait faire partie de la Pléiade, il m'a dit : "Enfin, je vais pouvoir côtoyer mes amis !" Lorsque je lui ai demandé à qui il faisait référence, il m'a répondu Montaigne, Dante, Shakespeare et Cervantès »

Et justement, c'est ce rôle qui incombe à Jean-Pierre Bernès depuis lors : celui du biographe à la mémoire longue. « La dernière phrase qu'il m'a dite, quelques jours avant de mourir, fut : Merci pour tout, vous m'avez aidé à mourir en littérature. Je n'ai rien à vous léguer, mais je vous condamne à être la mémoire de Borges. »

Désormais, c'est le fond du livre qui paraît, c'est la vie privée de Borges que Bernès souhaite ouvrir au public, alors que l'écrivain et poète argentin est décédé le 14 juin 1986. « Il disait que les gens pensaient qu'il écrivait des oeuvres de fiction alors que tout était autobiographique. Pour pouvoir les comprendre, il faut savoir qui il était. »


Voir aussi l'entretien de JP Bernès sur BibliObs