Bibliopégie anthropodermique : la mémoire dans la peau

Clément Solym - 04.04.2012

Edition - International - bibliopégie anthropodermique - reliure en peau - fabrication artisanale


Vous vous souvenez de la bibliopégie anthropodermique ? (mais si, les livres en peau humaine, voir notre actualitté) Ça nourrit bien des conversations, c'est sûr. Si les reliures trouvaient souvent leurs origines sur les cadavres anonymes des morgues nationales, quelques criminels finirent dans des bibliothèques, selon leurs quatre volontés ou bien malgré eux.

 

Si Bonnie et Clyde avaient sévi au XIXe siècle, ils auraient peut-être fait don de leur dépouille à des fins bibliophiliques : James Allen, un bandit de grand chemin notoire aussi connu sous le nom de George Walton, a ainsi tenu à ce qu'un livre soit relié avec son épiderme et offert à celui qui lui avait tenu tête, John Fenno, comme « preuve de [s]on estime ». L'ouvrage, bien évidemment, dresse un historique des crimes de Walton : en le lisant, il y a de grandes chances pour rentrer dans la peau du personnage...

 

Un livre en peau de criminel : Burke ?



Un peu d'ironie comme seule l'Histoire la manie : William Burke et William Hare, deux irlandais, terrorisèrent l'Écosse au début du XIXe siècle en approvisionnant d'une façon plutôt radicale les morgues de la région. Les deux hommes exécutèrent 17 individus, dont ils revendirent les corps au docteur Robert Knox, qui avait furieusement besoin de chair fraîche pour son cours d'anatomie de l'Edinburgh Medical College.

 

Si le docteur fut gracié par le Roi, Burke finit pendu, puis disséqué par l'Edinburgh Medical College lui-même. Il ne fit pas que la couverture des journaux : un ouvrage (voir photo ci-dessus) recueillit son précieux cuir.

 

Un autre criminel, George Cudmore, fut jugé coupable de l'empoisonnement de sa femme et condamné à la pendaison en mars 1830. Même si le « recyclage » ne faisait pas partie de la sentence, Cudmore fut disséqué et « réincarné » dans un exemplaire de The Poetical Works of John Milton. Pour information, la couverture de l'ouvrage précise le nom du généreux donateur, ainsi que son crime. Le paradis est peut-être perdu, pas la postérité.