Bibliothèque de New York : le recel d'ouvrages anciens ne paiera pas

Clément Solym - 20.01.2016

Edition - Justice - NYPL justice - voler livres - ouvrages anciens


La bibliothèque de New York n’est pas à l’abri des recéleurs : une femme est actuellement accusée de possession de livres dérobés à l’établissement. Il s’agit de plusieurs manuscrits très rares, et précieux par conséquent, dont l’un est de Benjamin Franlin. Ces livres ont été dérobés depuis plusieurs dizaines d’années, mais l’accusée plaide qu’ils font partie de l’héritage qui lui a légué son défunt père. 

 

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(photo d'illustration, John Goodrige, CC BY SA 2.0)

 

 

L’histoire remonte à 2014, et les livres avaient été saisis sur ordre du jury : les procédures judiciaires avaient débuté à la Cour suprême du Comté de Nassau, mais les derniers développements font quelque peu frémir. 

 

En effet, Margaret Tanchuck a déposé une demande auprès de la Cour pour que le juge Stephen Bucaria la déclare propriétaire légitime des ouvrages. Et ce, parce qu’ils seraient de longue date dans sa famille. Outre le Benjamin Franklin, on compte sept versions de la Bible, réalisées entre 1672 et 1861. Si le juge avait validé la demande, la NYPL n’avait plus que ses yeux pour pleurer. 

 

Tanchuck explique d’ailleurs qu’elle ne sait pas comment son papa est entré en possession des livres, mais qu’il les conservait depuis au moins 1990, très précieusement. Or, quand la NYPL a découvert que les livres étaient manquants, en 2014, elle fit rapidement des demandes de restitution, arguant que les livres avaient été volés. 

 

Le père de Margaret Tanchuck, John Caggiano, qui tenait un commerce de bijoux à Glen Head, se serait porté acquéreur de nombreux objets, au-delà des pierres précieuses. Une sorte de mont-de-piété de luxe, en somme. À sa mort, en 2009, sa fille et son mari parlèrent alors à la veuve des fameux livres qu’il évoquait régulièrement, mais personne ne put arriver à en définir l’origine. Et veuve de John Caggiano est décédée en 2013.

 

Une vente aux enchères, de l'héritage paternel

 

C’est en cherchant à vendre aux enchères les livres, en juillet 2014, que Margaret Tanchuck attira l’œil des commissaires priseurs de la William Doyle Galleries. Ces derniers s’inquiétèrent de la provenance des ouvrages, et sollicitèrent alors la NYPL. L’affaire débuta ainsi. 

 

Dans les tentatives de conciliation, la bibliothèque déplore que Margaret Tanchuck ait tenté d’obtenir « une somme substantielle » pour vendre des livres qui avaient été dérobés à l’établissement. 

 

Or, le juge avait alors à trancher si le délai de prescription, établi à trois ans, avait été dépassé. Et, sans autre alternative, il a donné raison à l’accusée. C’est par une pirouette qu’il est parvenu à sortir son épingle du jeu : considérant « la valeur et l’importance culturelle des documents, la capacité de l’établissement en tant que dépositaire, la force du titre de la bibliothèque et le caractère vague et indéterminé de la revendication de propriété de Tanchuck »... voici que les livres seront finalement retournés à la bibliothèque. (voir le document)

 

Et qu’un recel ne peut pas être cautionné par la justice... (via NY Law Journal)

 

En 2015, la BnF avait également été victime de vols, à deux reprises, et un agent fut rapidement soupçonné. Après enquête de la Brigade de répression du banditisme, ce dernier avait fini par avouer. L’établissement avait alors assuré qu’il mettrait en place des mesures préventives plus importantes pour protéger son fonds. 

 

En mai dernier, la British Library avait également été contrainte de rehausser le niveau de sécurité, pour faire face à la multiplication des vols. « Les vols sont devenus un vrai problème, qui touche presque toutes les bibliothèques nationales », affirmait un avocat. « Souvent, c’est quelqu’un de l’établissement qui commet le vol. Il est très difficile de remonter la piste lorsqu’un individu a la possibilité de dissimuler ses traces. »