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Bibliothèque de Singapour : 4 ans de prison pour la vente de données personnelles

Clément Solym - 04.07.2017

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Trois ans et huit mois, et une amende de 270.000 $ SGD – soit 172.000 €. C’est la peine de prison ferme et l’amende dont a écopé un chef de projet de la National Library Board située à Singapour, ce 3 juillet. Il s’est tout bonnement servi des données personnelles des usagers pour se faire – indirectement – un peu d’argent... 


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Christopher Schmidt, CC BY ND 2.0
 

 

Ang Boon Sin, âgé de 39 ans, a en effet abusivement puisé dans la base de données de la bibliothèque nationale, pour récupérer des adresses, numéros de téléphone, de carte d’identité et coordonnées des usagers. Près de 180 personnes sont victimes de ce vol manifeste de leurs données. Mais pourquoi cette escroquerie ?

Tout simplement pour aider un prêteur sur gages à recueillir des informations sur ses débiteurs.

 

Répondant au nom de Johnson, le prêteur récupérait chaque jour les informations que collectait le responsable – en poste depuis six ans. Ce dernier a plaidé coupable, face aux neuf chefs d’accusation, mais le plus grave semble surtout, selon la justice, que Johnson œuvrait sans licence. 

 

Les infractions, commises en 2015, ont été jugées par le procureur général adjoint, Marcus Foo. Ce dernier a relevé que, depuis 2001, Ang Boon Sin avait de réelles difficultés financières. Fin 2014, il décida solliciter des prêteurs sur gage clandestin, pour obtenir un peu d’argent. Il emprunta ainsi 5000 $ SGD à ce Johnson, mais s’est retrouvé dans l’incapacité de le rembourser.

 

Pour tenter de sauver sa tête, le chef de projet de la bibliothèque nationale de Singapour a accepté de travailler au siphonnage de la base de données. « En contrepartie, un pourcentage des dettes serait oublié, car il n’aurait plus à s’acquitter des 2500 $ SGD d’intérêt hebdomadaire. Restait alors à payer 1000 $ par mois durant une période de 10 mois », indique la cour.

 

Ang Boon Sin a fini par accépter l’offre, qui consistait notamment à produire un site internet contenant des références factices. Par la suite, il dérobait donc les données personnelles, pour que le prêteur puisse envoyer ses hommes chercher l’argent qui lui était dû.

 

« Johnson a également précisé qu’il voulait les détails sur les voisins et les employeurs de ses débiteurs, afin d’envoyer ses hommes de main pour qu’ils les aident à mieux localiser ses débiteurs », ajoute le tribunal. 

 

La situation était d’autant plus complexe que 2,4 millions de personnes sont inscrites à la National Library Board, ce qui représente près de la moitié de la population de Singapour. Dans les faits, Ang Boon Sin risquait 2 ans et 5000 $ SGD pour chaque infraction avérée, dans l’utilisation non autorisée du matériel scientifique.

Et de surcroît, 4 ans fermes et entre 30 et 300.000 $ SGD pour assistant à un prêteur sur gages sans licence.

 

Presque dirait-on qu’il l’a échappé belle ?


via Singapore