Bibliothèques : ces oeuvres que vous n'emprunterez jamais au format numérique

Antoine Oury - 20.07.2018

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Pour les bibliothèques, l'émergence et l'amélioration de la diffusion numérique n'aboutissent pas toujours sur un prêt facilité auprès d'un plus grand nombre d'usagers. L'édition, qui craint une cannibalisation des ventes par le prêt de formats numériques, freine parfois des quatre fers pour éviter que les bibliothèques ne disposent de leurs titres dans les catalogues. Deux cas, à l'international, relancent le débat.


Bornes d'écoute livre audio - Livre Paris 2016
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



Au Canada, les bibliothécaires sont face à un dilemme : les livres audio sont, comme dans d'autres pays du monde, un phénomène éditorial. Les lecteurs en redemandent, les éditeurs en produisent de plus en plus, les offres d'accès illimitées se développent... Les bibliothèques ne souhaitent pas rester sur le bas-côté, et s'efforcent donc prêter ces œuvres à leurs usagers.

 

Les établissements qui s'y sont mis connaissent un succès certain : « Les livres audio sont populaires depuis des années à la bibliothèque, et en numérique, ils représentent notre secteur de croissance le plus important, avec une hausse de 40 % l'année dernière pour atteindre 650.000 téléchargements. Nous nous attendons au million cette année », assure Susan Caron, directrice des collections à la bibliothèque de Toronto.

 

Comme les DVD ou les Blu-Rays, les livres audio affichent souvent un prix bien supérieur au prix public, lorsqu'une bibliothèque souhaite en faire l'acquisition. Ceci pour équilibrer la balance, et compenser le prêt gratuit de l'œuvre auprès des usagers, à l'attention des producteurs, éditeurs et auteurs. Il n'est ainsi pas rare que les bibliothèques canadiennes s'acquittent de 75 à 200 $ pour un exemplaire de livre audio — il faut préciser que les frais de production, derrière un livre audio, sont assez significatif, ce qui entre aussi en jeu.

 

Quand le livre audio est disponible au Canada, d'autres obstacles peuvent s'opposer au prêt en bibliothèques : ainsi, les titres produits par Audible, filiale d'Amazon, ne sont tout simplement pas proposés aux bibliothèques. « [P]our le moment, nous nous sommes accordés sur le fait que la bibliothèque publique est un endroit où les gens vont lorsqu'ils veulent une petite collection de livres audio d'autres producteurs », avait déclaré le PDG d'Audible, Don Katz, au quotidien Star au moment du lancement du service au Canada.

 

En France, la situation pourrait être similaire lorsque les livres audio numériques seront introduits dans les bibliothèques, sans doute par l'entremise de l'application Bibliostream, qui entend permettre le prêt à travers le streaming. Sauf qu'en l'absence de droit de prêt relatif au livre audio, qui permettrait aux bibliothèques de disposer de n'importe quel titre tout en garantissant une compensation équitable pour l'éditeur et l'auteur, un producteur pourra toujours refuser l'intégration de ses titres...

 

Des bibliothèques cannibales

 

Pour le livre imprimé, puis pour l'ebook et le livre audio, les bibliothèques ont toujours été soupçonnées de freiner l'achat de livres, et de menacer la création de marchés de l'édition viables. En face, les bibliothécaires répondent qu'au contraire, le prêt fonctionne comme un appel à lire plus, connaitre plus d'auteurs, découvrir plus de formats et, in fine, dépenser plus malgré les économies de départ.

 

Tor Books, un éditeur de science-fiction du groupe MacMillan, a récemment annoncé aux bibliothèques américaines qu'il leur serait nécessaire d'attendre 4 mois après la parution d'un livre pour pouvoir le proposer au prêt.

« À compter des publications de juillet 2018, tous les nouveaux titres de Tor Books seront disponibles à la distribution numérique au sein des bibliothèques quatre mois après leur date de parution, plutôt que le programme actuel qui permet aux bibliothèques d'acheter les titres au moment de la parution », explique le message de la maison.


Lecteur ebook KO

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Tor Books poursuit en ajoutant qu'une évaluation interne a montré « un impact direct et négatif sur les ventes de livres numériques ». MacMillan assure auprès de Publishers Weekly que cette restriction fait partie d'un nouveau programme d'évaluation, pour confirmer si le prêt de livres numériques est bien à l'origine de cette baisse des ventes.

 

La situation rappelle les nombreuses années de négociations entre éditeurs et bibliothécaires américains pour ouvrir le prêt de livres numériques au sein des établissements.

L'American Library Association, association qui représente les bibliothèques américaines, a réagi à la décision de l'éditeur : « Je suis consterné de voir Tor relayer un argument nul et non avenu, jamais prouvé, selon lequel le prêt en bibliothèque affecterait les ventes de manière négative. Cette démarche sape notre engagement commun envers les lecteurs et les auteurs, d'autant plus qu'elle s'exécute sans préavis ni discussion avec les bibliothèques » souligne Loida Garcia-Febo, présidente de l'ALA.


Les propositions de l'ABF
pour le numérique en bibliothèques


En France également, l'absence d'un droit de prêt pour le livre numérique rend la situation difficile pour les professionnels : les éditeurs, à travers le système Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB), peuvent choisir les conditions des prêts, y compris les tarifs ou... simplement refuser d'accorder leur catalogue aux établissements.




Commentaires

Et ils (les éditeurs) ne sortent pas une étude pour dire que le piratage est toujours un fléau patati patata ? :D

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