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Bibliothèques cherchent modèle viable pour le prêt des ebooks

Clément Solym - 24.05.2012

Edition - Bibliothèques - prêt de livres numériques - bibliothèque - modèles économiques


L'association des bibliothèques américaines a consacré un article-fleuve afin de dresser un premier bilan des solutions offertes aux bibliothèques pour proposer des ebooks à leurs usagers. Si la plupart des éditeurs rechignent encore à céder leurs titres sur le long terme et, plus encore, à bas prix, quelques offres pourraient permettre à chacun de prendre sa part et ainsi faire disparaître la pomme de discorde entre éditeurs et bibliothécaires.

 

Aux États-Unis, probablement plus qu'en France, les bibliothèques font face à une nouvelle concurrence : la Kindle Lending Library permet en effet à tout possesseur d'un compte premium sur le site de e-commerce d'emprunter gratuitement des titres numériques. Ajoutez à cela la frilosité des éditeurs en matière de cession de livres numériques (la peur du piratage fait toujours des dégâts, et seuls deux éditeurs sur les Big Six acceptent de prêter leurs ebooks en bibliothèque), et la nécessité d'une refonte du système de prêt traditionnel se fait cruellement sentir.

 

La New York Public Library


 

Quand bien même les éditeurs proposent leurs livres numériques aux bibliothèques, celles-ci sont contraintes et forcées de se conformer à leurs exigences : ainsi, HarperCollins a limité le nombre de prêts de ses titres à... 26. Au-delà, la bibliothèque doit à nouveau acheter l'ebook, à un prix réduit tout de même, parce qu'HarperCollins est généreux. Random House, lui, a choisi de faire payer aux bibliothèques l'accès illimité aux ebooks deux ou trois fois plus cher que la version papier.

 

Hachette Book Group, la filiale de Hachette outre-Atlantique, s'est également lancée il y a peu dans le prêt d'ebooks. (voir notre actualitté) Mais, là encore, on reste très prudent, juste au cas où : contacté par ActuaLitté, Hachette n'a pas souhaité s'exprimer plus avant sur son projet.

 

Le modèle pay-per-use (paiement au prêt) a été adopté par de nombreux éditeurs, qui y voient là un moyen avantageux d'équilibrer best-sellers et ouvrages en réserve. La bibliothèque paiera en effet des charges à la hauteur du nombre d'emprunts, ce qui obligera les trésoriers à faire preuve d'un don d'anticipation solide. Les charges ne sont pas fixes : un livre en réserve pourrait ainsi revenir moins cher qu'un titre plébiscité, sauf bien sûr si une adaptation cinématographique pointe sa bobine et fait monter les enchères.

 

Le plus avantageux pour les bibliothèques pourrait être une formule rent-to-own : l'établissement s'acquittera d'un droit de prêt pendant un certain temps, avant de voir l'ebook tomber dans son escarcelle. Mais là encore, l'absence de règles fixes pourrait permettre aux éditeurs d'augmenter charges ou durée de location selon leur bon vouloir. La souscription annuelle aux catalogues des éditeurs, qui proposeront du coup une sélection d'ebooks aux bibliothèques se heurte encore aux mêmes problèmes : rien ne les empêche de retenir les best-sellers pour ne proposer que les titres moins plébiscités. Si les auteurs apprécieront, les usagers probablement un peu moins.

 

La France ne fait pas exception

 

En France, le vide juridique est flagrant. Cyrille Jaouan, de la bibliothèque Dumont d'Aulnay-sous-Bois, pointe l'absence « d'un véritable intermédiaire entre les éditeurs et les établissements, qui reverserait aux maisons d'édition les droits de mise à disposition des fichiers numériques. » Il y a bien, ça et là, des expérimentations « comme publie.net, mais le reste se limite à des choses très compliquées, bourrées de DRM ou de fichiers chronodégradables [qui deviennent inaccessibles au bout d'un certain laps de temps, NDLR] »

 

Et le bibliothécaire a pu observer la demande des usagers, puisque son établissement participe à l'expérimentation du MOTif, qui prête gratuitement des lecteurs ebook préchargés avec une soixante de titres. (voir notre actualitté) « Nous avons de super outils, mais le contenu est limité aux ouvrages libres de droits, et donc assez vieux. Ce que veulent les usagers, ce sont les derniers best-sellers, ou les derniers polars » note Cyrille Jaouan, une pointe de frustration dans la voix.