Bibliothèques de Paris : la Mairie minimise et justifie les coupes

Clément Solym - 23.02.2012

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - Paris - CD


La Mairie de Paris a beau soigner sa com', ces satanés syndicalistes semblent vraiment l'avoir mauvaise : sur le blog CGT Culture, ils démontent point par point l'argumentaire de l'administration, et proposent d'instaurer la gratuité du prêt des Compact Disques. 


Dans un article (sous abonnement) publié par Livres Hebdo, la Mairie de Paris a un peu baissé sa garde : elle a fait l'effort surhumain de reconnaître « une diminution globale des budgets d'acquisition » des bibliothèques de la capitale... de « - 1,75 % seulement ».  Les coupes drastiques relevées par les syndicalistes de la Direction des Affaires Culturelles (voir notre actualitté) s'expliqueraient par les travaux « de construction ou d'aménagement » de trois établissements (Hôpital St Lazare, Porte Montmartre et Zac Pajol) qui « mangent une partie de ce budget (680 000 euros). » 


Faux ! clame la CGT, qui précise que la subsistance de ces trois établissements très gourmands est en fait prélevée directement sur les budgets de fonctionnement des autres bibliothèques, et non sur les budgets d'investissement. À la mairie, on précise que « les 680k€ en fonctionnement » sont alloués « pour les acquisitions dans le cadre de leur préfiguration », et sont donc bien distincts d'un budget d'investissement, de plusieurs millions € comme le souligne l'administration. Du côté du syndicat, « on admire l'artifice comptable » d'une communication très virtuose... 

 

 

Toutefois, un paragraphe plutôt savoureux cité sur le blog de la CGT laisse dubitatif quant à la stratégie de com' en vigueur à la Mairie de Paris, tant cela ressemble à un balle allègrement tirée dans son propre pied : « il a été décidé [...] que les budgets ne seraient pas reconduits tels quels comme c'était le cas auparavant, mais selon les scores des bibliothèques (nombre de prêts, rotation des documents, etc), ce qui explique les disparités selon les établissements. ».


La compétition est lancée : les budgets iront aux plus rapides et aux plus efficaces. La rentabilité prend le pas sur l'utilité sociale et culturelle, mais toujours dans un souci d'exactitude qui pourrait faire honneur à la Mairie : « nous avons mieux pris en compte l'évolution des activités des bibliothèques au sein du réseau [...] plutôt que de se contenter de reporter les budgets sans analyse préalable, ceci a été mené avec les responsables des établissements » nous assure-t-on au sein de la municipalité.


Troisième argument pour la défense de la Direction des Affaires Culturelles, et non des moindres : la désaffection pour le CD qui touche aussi les bibliothèques, chiffres à l'appui (« 8 000 emprunteurs aujourd'hui, contre 28 000 en 2005 »), justifierait la réduction des budgets d'acquisition. Mais, une fois encore, la CGT repasse derrière et ajuste quelque peu les chiffres à la réalité : « les fameux 8 000 emprunteurs [...] sont seulement ceux qui ont pris un abonnement exclusif aux seuls CD », l'abonnement à l'emprunt de DVD permettant l'accès aux CD, il y a encore un public susceptible d'emprunter des Compact Disques.

 

Et, pour inciter les visiteurs à l'emprunt, la CGT avance la gratuité de l'accès aux CD : on ne peut que souscrire à la proposition, d'autant plus que cette mesure serait sans doute plus efficace qu'Hadopi pour lutter contre le piratage des oeuvres musicales. « La gratuité ne changerait probablement pas cette baisse de l'usage des CD que chacun constate » prédit malgré tout l'administration de la capitale, tout en promettant une réflexion sur « des évolutions tarifaires ». Il est toutefois « encore trop tôt » pour des informations plus précises.