Bibliothèques en danger : Une action en justice contre le gouvernement anglais

Clément Solym - 11.05.2015

Edition - Bibliothèques - Ed Vaizey - bibliothèques livres - lecture prêts


Depuis des mois, les habitants de Lincolnshire protestent contre la fermeture de leurs établissements de prêts. Les coupures budgétaires ont conduit à des manifestations, des pétitions... rien n'y fait. Alors les militants ne disposent plus que d'un recours simple : attaquer le Conseil de la ville en justice, alors que de nouvelles mesures drastiques sont en discussion. 

 

 

Lincolnshire bibliothèque

Manifestation en janvier 2015, via Lincolnite

 

 

Julie Harrison est devenue avec le temps porte-parole du mouvement de défense des bibliothèques de Lincolnshire (province située au nord-est de Manchester). Elle assure que la possibilité d'une action en justice contre la ville est à l'étude, mais qu'elle ne concernera pas simplement le Council. Elle serait portée « contre le ministère de la Culture, des Médias et du Sport, qui semble aveugle, devant les effets des réductions de budgets ». Or, les budgets locaux découlent bien entendu de financements issus du ministère. 

 

La mobilisation dans la région de Lincolnshire incarne un mouvement plus global de résistance des Britanniques pour préserver les bibliothèques de mesures de restrictions budgétaires. « Finalement, les établissements vont fermer parce qu'il n'est pas possible d'obtenir des bénévoles qu'ils lèvent les fonds nécessaires pour les faire fonctionner. » La solution de recourir à la bonne volonté des acteurs locaux avait été avancée, et encouragée, par le gouvernement britannique. Comme si l'on palliait les insuffisances de financements par la simple bonne volonté des contribuables. 

 

En 2012, les habitants se sont retrouvés pour maintenir une ouverture des lieux de prêts, afin que les enfants puissent disposer d'un service minimum.

 

Mais aujourd'hui, l'inexistence du ministère de la Culture dans ces sujets agace prodigieusement. Le groupe de résistants ne cesse d'interpeller Ed Vaizey, l'actuel ministre, en lui demandant de prendre position pour renverser la tendance. Dans un précédent courrier qu'il leur avait adressé, Vaizey expliquait qu'il était lui-même gêné de ne pas intervenir, pour le sort des 15 établissements. Simplement, dans l'intervalle, rien n'a bougé. 

 

Actuellement, le Council est à la recherche de 120 millions £ d'économies pour son territoire, et Tony McGinty, agent du comté, assurait que ce montant était impératif pour préserver la santé économique de la région. « Cela signifie regarder comment l'ensemble des services est proposé, y compris ceux qui relèvent de la culture et du patrimoine. Une chose que nous envisagerions, quelque part à l'avenir, est de savoir si ces services pourraient être fournis par d'autres prestataires en notre nom. »

 


 

Une porte ouverte qui n'impliquerait qu'une plus grande précarisation du secteur, puisque potentiellement abandonné, au mieux à un prestataire privé, au pire, à la bonne volonté des habitants. Ce qui est actuellement le cas, et qui ne tiendra pas bien longtemps. Et cela n'interviendrait que courant 2016, après des travaux préparatifs sérieux, affirmait McGinty. (via Spalding Voice)

 

La réélection depuis ce week-end de James Cameron ne changera pas grand-chose à la situation des bibliothèques dans l'ensemble du paysage britannique. Lincolnshire est, à bien des égards, un symbole très représentatif de cette destruction minutieuse. Le conservateur Cameron n'a pas vraiment promis de renverser la vapeur...

 

Rappelons qu'un site internet exposant les faits d'armes du gouvernement et du ministère de la Culture a été mis en ligne depuis plusieurs années. Il recense tous les articles de presse sur les bibliothèques : rien de bien rassurant...