Bibliothèques : "L'objectif reste le bien commun. Pas les bénéfices."

Clément Solym - 14.07.2014

Edition - Bibliothèques - données personnelles - vie privée - protection internet


Bibliothécaire est un métier, comme d'autre, en mutation profonde : l'accès à l'information ne se faisant plus strictement au travers des livres, les professionnels deviennent des conseillers en maîtrise de l'informatique. Les bibliothèques publiques permettent aux usagers de se connecter au net, et de remplir des formulaires administratifs en ligne. Un granbd pouvoir, certes, mais qui implique de grandes responsabilités. Qui restent à affirmer et à prendre.

 

 

Password 'fido' ...item 3b.. Five Characters in Search of an Exit -- The Twilight Zone (December 22, 1961)  ...

marsmet549, CC BY NC SA 2.0

 

 

Sur Waging Non violence, cet intéressant témoignage de bibliothécaire, expliquant comment elle vient aujourd'hui en aide aux usagers, principalement dans le contrôle de leurs données en ligne. Les révélations Snowden sur les exercices de surveillance de la NSA ont sensibilité la population, et cette forte médiatisation des violations de libertés personnelles incitent à la prudence. Mais les publics se sentent malgré tout démunis.

 

Les bibliothèques publiques auraient donc un rôle important à jouer dans cette approche pédagogique. C'est d'ailleurs dans l'ADN même de ce métier : il existe un Code de déontologie proposé par l'American Library Association, avec ce passage 

Nous protégeons le droit à la vie privée et à la confidentialité de chaque usager de la bibliothèque, concernant les informations demandées, ou reçues, et les ressources consultées, empruntées, acquises ou transmises. 

D'ailleurs le Code adopté en mars 2003 par le conseil national de l'Association des bibiothécaires français, n'en dit pas moins : 

 

1. l'usager
Le bibliothécaire est d'abord au service des usagers de la bibliothèque. L'accès à l'information et à la lecture étant un droit fondamental, le bibliothécaire s'engage dans ses fonctions à :

    • Respecter tous les usagers ;
    • Offrir à chacun une égalité de traitement ;
    • Garantir la confidentialité des usages ;
    • Répondre à chaque demande, ou, à défaut, la réorienter ;
    • Assurer les conditions de la liberté intellectuelle par la liberté de lecture ;
    • Assurer le libre accès de l'usager à l'information sans laisser ses propres opinions interférer ;
    • Permettre un accès à l'information respectant la plus grande ouverture possible, libre, égal et gratuit, sans préjuger de son utilisation ultérieure ;
    • Garantir l'autonomie de l'usager, lui faire partager le respect du document, favoriser l'autoformation ;
    • Promouvoir auprès de l'usager une conception de la bibliothèque ouverte, tolérante, conviviale.

 

Protection des ressources et des données privées

 

En somme, un dossier d'usager de bibliothèque devient tout aussi confidentiel que celui médical, si ce n'est plus. Or, l'accès aux informations tirées des livres n'est pas l'unique élément à protéger. La connexion des établissements à la Toile, l'utilisation de plateformes, et de réseaux sociaux, au sein de ces espaces nécessite une prise de responsabilité. 

 

Les problèmes de confidentialité se posent d'ailleurs de toutes parts : quand une société comme Google tente de travailler avec un établissement, c'est aussi dans l'espoir de disposer de Big Datas, ou données personnelles. La gestion de prêts numériques pour les livres met les usagers à la merci de sociétés privées, qui vont gérer les comptes utilisateur, et donc disposer d'informations les concernant directement. Sans même parler de la logistique informatique, où l'on privilégie les systèmes d'exploitation propriétaire, comme celui de Microsoft, pour des raisons de commodités, plutôt que les OS alternatifs et libres, comme Linux. 

 

Le rôle social et politique de la bibliothèque se précise nettement : il revient à ces lieux de pouvoir accueillir des manifestations permettant de communiquer avec les citoyens sur les cyber risques. Mais elle doit donc tout autant former ses personnels pour qu'ils dispensent les meilleurs conseils possibles. Vie privée et sécurité en ligne sont des enjeux majeurs, dans la prise de conscience des citoyens, et il semble tout à fait approprié que les bibliothèques incarnent cette fonction d'alerte. 

 

« Les bibliothèques sont un réseau existant qui peut être exploité pour créer une société avec des compétences et des ressources nécessaires pour la protection de la vie privée et les droits numériques. » Et à ce titre, solliciter les membres de la communauté qui seraient à même de donner des formations pour ceux qui n'ont pas les connaissances, permet de renforcer les liens entre les personnes. 

 

Tout établissement public de prêt a une mission et une fonction que ni Amazon, ni Google, n'auront jamais : servir les usagers, être véritablement à leur service, et ne pas les considérer comme des clients. L'objectif reste le bien commun. Pas les bénéfices. Et l'ensemble du réseau de bib, que ce soit aux États-Unis, en France, ou partout dans le monde, a les moyens de créer ce climat de confiance et de partage des savoirs.

 

Du moins un excellent endroit pour commencer le travail impératif d'évangélisation...