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Bibliothèques : "Les Parisiens doivent savoir qu'on les prive de culture"

Antoine Oury - 13.06.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - Paris - grève


L'intersyndicale avait fait passer le mot, et le message a circulé jusque dans les rangs des chefs d'établissements : l'organisation d'un séminaire avec l'administration parisienne des bibliothèques fut l'occasion d'ajouter quelques sujets au programme. Notamment les conditions de travail, impactées par des réductions d'effectifs, ou encore un dialogue social au point mort avec la Direction des Ressources Humaines de la Mairie de Paris.

 


Grève des bibliothécaires parisiens - Bibliothèque Marguerite Duras

Grève des bibliothécaires parisiens - Bibliothèque Marguerite Duras

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Dès 9 heures, les bibliothécaires mobilisés se retrouvaient devant la bibliothèque Marguerite Duras (20e), précédés par un comité d'accueil sympathique, une dizaine de CRS et quelques représentants des Renseignements Généraux. Un mouvement social similaire avait déjà eu lieu il y a quelques mois, mais les bibliothécaires comptaient cette fois sur l'appui de leurs collègues conservateurs, mais également de chefs d'établissement, sensibilisés aux questions de souffrance au travail.

 

Tout le réseau semble par ailleurs touché : les petits établissements de quartier font l'objet d'une surveillance accrue de l'administration, qui évalue les résultats. La bibliothèque Fessard, dans le 19e arrondissement, a ainsi son pôle Sourd fermé, au profit de la prochaine bibliothèque de la Canopée : « En soit, que la Canopée dispose d'un pôle Sourd est une très bonne nouvelle, mais Fessard ne devait pas perdre son pôle pour autant, surtout quand les chiffres progressent », témoigne une bibliothécaire.

 

La politique des grands établissements mise en avant par l'administration parisienne est à double tranchant, surtout avec la question remise sur la table de l'ouverture dominicale. La médiathèque Marguerite Yourcenar (15e) a la chance de pouvoir compter sur 2 équipes alternées de 10 étudiants le dimanche, qui viennent renforcer les 7 titulaires en poste, et d'être assurée du maintien de sa grande discothèque.

 

« Les petites discothèques, elles, sont fermées les unes après les autres, alors que les médiathèques ne doivent pas se détourner de la musique », explique l'un des bibliothécaires de Marguerite Yourcenar. Deux rapports successifs ont été communiqués à la Mairie de Paris, à deux ans d'intervalle : ils recommandaient la gratuité pour le prêt des CD (actuellement payant), ou bien l'instauration d'un forfait global de 10 € pour tous types d'emprunt (alors que les livres sont actuellement gratuits). Néanmoins, la Mairie de Paris vient de commander un audit privé, assuré par la SARL Multimédia, Son, Audiovisuel et Informatique (MSAI), pour près de 15.000 €...

 

Un dialogue social changé en maltraitance

 

Devant la médiathèque Marguerite Duras, l'agacement face aux méthodes de la Direction des Ressources Humaines est palpable, malgré la volonté de dialogue de Noël Corbin, directeur des Affaires Culturelles récemment nommé. « Le bureau des bibliothèques se livre à une véritable maltraitance des personnels. 12 responsables d'établissements sont suivis par un psychologue, l'une d'entre eux a la mâchoire bloquée en réaction au stress et à la pression », explique une gréviste.

 

Par ailleurs, l'avenir de Service du Document et des Échanges (SDE) préoccupe également : celui-ci se charge du « traitement physique et intellectuel des documents, avec les opérations de catalogage, d'exemplérisation ou de pelliculage, tout en faisant office de réserve pour les documents anciens ». Ce poste central, sorte de service technique des bibs, fournit également les cartes de lecteurs ou les antivols, et organise les commandes.

 

Sa fermeture serait à l'étude, avec un report de la charge de travail sur chaque établissement, individuellement. Les membres de ce service dénoncent un « manque de respect total pour les métiers en bibliothèque, du relieur au conservateur », et pointent également « un pilonnage intensif, notamment des fonds de discothèques fermés, depuis plusieurs semaines ». Si cette prérogative du SDE est « nécessaire », elle atteint des niveaux inquiétants, y compris sur des documents neufs.

 

 

Grève des bibliothécaires parisiens - Bibliothèque Marguerite Duras

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le prochain Conseil de Paris abordera les questions des effectifs et de l'avenir du CD en bibliothèques, portées par deux voeux des élus du Front de Gauche et du groupe communiste, présents lors de la mobilisation.

 

Le séminaire des chefs d'établissements, aux abonnés absents

 

Les bibliothécaires en grève attendaient la tenue du séminaire des chefs d'établissements, avec la présentation de la feuille de route pour l'année, afin de porter leur revendication à l'administration des bibliothèques. La salle de la médiathèque Marguerite Duras était quasiment vide avant leur arrivée, suite au boycott du séminaire par les chefs d'établissements eux-mêmes.

 

Toute l'intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT, FO, SUPAP, UCP et UNSA) a pu s'exprimer, notamment devant Noël Corbin, directeur des Affaires Culturelles.

 

 

Le Directeur des Affaires Culturelles, désireux d'instaurer un dialogue, a répondu immédiatement aux grévistes.

 

 

Les bibliothécaires sont ensuite revenus sur le rôle de la Direction des Ressources Humaines, qui avait souligné que les bibliothécaires étaient en sureffectif, ce qui avait eu pour don d'agacer singulièrement les bibliothécaires sous pression...

 

 

Grève des bibliothécaires parisiens

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)