Bibliothèques : Lyon conjugue lecture publique et cosmétique

Antoine Oury - 03.09.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèque municipale - bibliothèques Lyon - réseau arrondissement


En août, alors que les bibliothécaires du monde entier se préparaient à rejoindre Lyon, les professionnels du réseau de la ville posaient un ultimatum à la mairie. Si leurs revendications ne recevait pas un peu d'attention, il était prévu qu'une grève accueille les organisations de bibliothèques réunies pour le 80e congrès de l'IFLA. Des protocoles d'accord ont été signés, mais les bibliothécaires attendent désormais des actes de la part d'une municipalité distante.

 

 

Bibliothèque municipale de Lyon (Part Dieu)

La bibliothèque municipale de Lyon Part-Dieu (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Malgré son entrée discrète sur le boulevard Marius Vivier-Merle, la bibliothèque municipale de Lyon impose toute sa démesure au visiteur : 27.700 m², dont un silo de conservation de 17 étages, accumulant près de 3 millions de références. En somme, une ruche à faire fonctionner, au sein d'un réseau qui compte 14 bibliothèques pour adultes et enfants dans les 9 arrondissements de la ville.

 

L'offre de lecture publique de la ville est donc importante, même si elle se centre beaucoup sur la Part-Dieu : les bibliothèques d'arrondissement cumulent 13.185 m². Autant dire que l'établissement est une quasi-institution pour ceux qui y travaillent, et qui s'accordent sur l'importance des politiques initiées par ses dirigeants.

 

Entre 1992 et 2010, la Bibliothèque municipale de Lyon va de pair avec le nom de Patrick Bazin, alors directeur. Il met en place un grand nombre d'innovations plutôt en avance sur le temps, dont le fameux Guichet du Savoir, maintient un niveau de fréquentation stable et, surtout, « délègue de manière intelligente sur des projets de prospective ». D'après les souvenirs de ceux qui sont passés par la BM, l'homme a un goût pour le participatif, et parvient à garder le cap malgré la variété des propositions qui lui sont soumises.

 

Après un intérim d'une année assuré par Bertrand Calenge, c'est un autre nom connu parmi les bibliothécaires qui est nommé à la tête de l'établissement : Gilles Eboli. Cet ancien président de l'Association des Bibliothécaires de France est accueilli par une attente forte des équipes de la BM, d'autant plus qu'il succède à l'aura de Bazin.

 

Rationalisation des dépenses et communication défaillante

 

Entre les personnels et la direction, la communication se dégrade toutefois assez rapidement : le nombre de cadres supérieurs ajoutés à l'organigramme augmente fortement entre 2010 et 2013, et certains directeurs adjoints vivent avec difficulté l'ajout d'intermédiaires, quelques années après la politique libérale mise en place par Patrick Bazin.

 

Bien évidemment, la rationalisation du budget se profile derrière cette politique de maîtrise des dépenses, par la mise en place guidée de projets culturels. « Lyon reste une ville riche, mais sa capacité d'épargne et d'autofinancement diminue, comme celle des autres communes de France », note Roland Hernandez, délégué syndical CGT.

 

Entre 2010 et 2013, on constate en effet que les dépenses totales de fonctionnement de l'ensemble du réseau varient peu (20.615.313 € en 2010, 20.644.245 € en 2013), mais que les recettes et surtout les dépenses et subventions pour investissement baissent très fortement. Pour ces dernières, la crise est particulièrement sensible, avec 1.752.880 € (2013) contre 2.233.696 € (2010) au niveau des investissements, et 9.075 € contre 245.766 € de subventions trois ans auparavant.

 

De cette hiérarchie alourdie résultent des problèmes internes de communication, ou la mise en place de projets culturels décalés par rapport aux publics des différentes bibliothèques d'arrondissement. 

 

Les réactions ne se font pas attendre : entre septembre 2013 et juin 2014, pas moins de 6 journées de grève sont organisées par les syndicats CGT et SUD. Les revendications sont nombreuses et portent notamment sur le remplacement des agents absents, la régularisation des situations et des divergences de grade ou encore les équipements informatiques.

 

Sur ce point, la politique de rationalisation des dépenses a ainsi conduit à l'abandon de l'équipe informatique de la bibliothèque municipale de Lyon pour une externalisation des opérations de maintenance auprès de EconoCom, une société privée. La récupération des notices bibliographiques auprès de la BnF a également laissé croire à la municipalité que la coordination bibliographique serait beaucoup plus aisée. Conséquence : les équipes informatiques se sont retrouvées en sous-effectif pendant plusieurs mois, avec une masse de travail considérable.

 

Améliorer le service, la meilleure contribution de l'IFLA ?

 

La tenue du congrès de l'IFLA est tombée à pic pour les personnels : parmi les investissements de la ville pour l'événement, une partie était destinée à la Bibliothèque municipale de Lyon. Un bar à tablettes, sponsorisé par Orange, mais aussi 36 nouveaux postes informatiques ont notamment fait leur apparition, quelques jours avant les visites en groupes organisées dans le cadre de la réunion internationale.

 

 

Bibliothèque municipale de Lyon (Part Dieu)

Le bar à tablettes de la BM de Lyon (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Par ailleurs, d'autres achats et dépenses ont été les bienvenus, comme le nouveau serveur alloué au service Numélyo, la bibliothèque numérique, affectée par de nombreuses pannes depuis sa mise en ligne fin 2012.

 

Suite aux menaces de grève avancées par le personnel, deux protocoles d'accord distincts ont été signés par la municipalité, avec les syndicats CGT et SUD. Ils font état de plusieurs engagements de la ville, notamment quant à la création d'une équipe volante de 6 postes pour les remplacements, ou la requalification de certains postes, qui sera soumise à une étude de faisabilité.

 

Toutefois, la création de postes reste délicate : sur les 10 postes revendiqués par SUD, seuls 4 seront effectivement mis en place, dont 3 suite à des suppressions de postes dans d'autres services, et un seul en création pure.

 

« La ville reste dans une dynamique de développement de la lecture publique », note toutefois Roland Hernandez, puisqu'elle procédera à plusieurs ouvertures, notamment dans les quartiers de Gerland, Montchat, ou à la construction de nouveaux équipements pour en remplacer certains, trop vétustes. Si les investissements sont bien là, ce sont plutôt les attributions ou le mode opératoire de la mairie qui semblent gêner les personnels.

 

Niveau communication, difficile de ne pas les suivre : Georges Képénékian, adjoint à la Culture du maire de Lyon, n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet au cours du congrès de l'IFLA, et n'a pas répondu à nos demandes répétées d'entretien.