Bibliothèques : Parer les baisses de budget en évaluant l'impact social

Antoine Oury - 21.08.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèque crise - économie mondiale budget - normes d'évaluation


L'IFLA, Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques, parle peut-être « d'une seule voix », selon les mots de sa présidente, mais les situations des bibliothèques du monde ne sont pas égales. Crise économique et restrictions des budgets acculent les établissements, qui doivent donner le change face aux instances financières de leurs gouvernements. De nouveaux arguments émergent, comme le rôle social des bibliothèques.

 

 

Bibliothèque municipale de Lyon (Part Dieu)

Bibliothèque municipale de Lyon Part Dieu (ActuaLitté, CC BY 2.0)

 

 

C'est un fait notable : plus les crises économiques s'intensifient, plus les bibliothèques deviennent des variables d'ajustement des budgets : Royaume-Uni, Espagne, Portugal sont soumis à des restrictions qui rendent difficiles la bonne exécution du service public. Des techniques alternatives ont pu être mises en place par les établissements pour les acquisitions ou le service aux personnes, mais la situation n'est pas vraiment gérable.

 

Glòria Pérez-Salmerón, directrice de la Bibliothèque nationale d'Espagne, est venue plaider pour un système d'évaluation du rôle social des bibliothèques. Face aux politiques, la meilleure défense reste l'attaque, et les professionnels cherchent à mettre en avant la façon dont leurs services pallient les inégalités sociales des pays.

 

La directrice parle même de « régression » pour évoquer les bibliothèques de son pays : entre 2008 et 2012, les bibliothèques publiques, qui représentent 62,9 % des établissements du pays, ont connu des coupes s'élevant à 35,9 % de leur budget moyen. Les acquisitions en matière de livres ont à elles seules diminué d'un tiers, quand les effectifs se sont vus amputés de 600 personnes en l'espace de deux ans. Le tout provoquant logiquement une baisse des emprunts et de la fréquentation : le cercle vicieux est lancé.

 

Les organisations professionnelles du pays se sont fédérées - archivistes, documentalistes et bibliothécaires - parfois avec le soutien de leur conseil provincial, afin d'établir un mode d'évaluation suffisamment objectif pour faire passer le message : « Les bibliothèques ne sont pas un coût, mais un investissement », comme le rappelle Glòria Pérez-Salmerón.

 

Deux méthodes ont été utilisées et combinées pour fournir un état des lieux exhaustif : le coût sur le marché (Market Price), qui rend compte du prix public des services offerts par les bibliothèques, et l'évaluation contingente, une technique économique qui fait évaluer au public la valeur marchande des services offerts par la bibliothèque.

 

Le tableau suivant a été produit, avec des chiffres de 2010 : on remarquera que la valeur accordée par les usagers (CV) est bien supérieure à celle du marché (MP), preuve que le service est bien présent.

 

 

 

En résumé, les établissements participent pour 3 à 4,2 millions € par an à l'économie du pays : l'estimation basse est celle par rapport aux prix du marché, la haute par rapport aux évaluations des usagers. Dans l'ensemble, un euro investi dans les bibliothèques génère entre 2,80 et 3,80 € en retour sur investissement.

 

L'idée d'évaluer l'impact social et économique des bibliothèques n'est pas récente : Roswitha Poll, présidente du comité technique ISO/TC au sein de l'International Organization for Standardization, chargée d'établir les normes mondiales, est l'auteure de plusieurs articles références sur le sujet. Le 7 mai 2014, l'organisation a d'ailleurs officialisé la norme ISO 16439:2014, sous le titre « Méthode et procédures pour  définir l'impact des bibliothèques ».

 

 Ce type d'études se multiplie au niveau international : l'Association australienne des Bibliothèques a publié un document évaluant la contribution économique des bibliothèques du pays en mars 2013. Malheureusement, certaines évaluations et communications sur le sujet manquent encore de cohérence à plus large échelle : un document du Parlement européen, publié fin 2013, assurait que 1,9 million d'Européens n'avaient accès à Internet qu'au sein de la bibliothèque publique, quand 250.000 avaient trouvé un emploi par ce biais, en 2012.