Bibliothèques : que dit le rapport Orsenna sur les horaires d'ouverture ?

Antoine Oury - 20.02.2018

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Le rapport d'Erik Orsenna et de Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles, a été remis ce 20 février au matin à Emmanuel Macron. Abordant la question de l'extension des horaires d'ouverture et notamment le dimanche (mais pas seulement), Voyage aux pays des bibliothèques — Lire aujourd’hui, lire demain, c'est son titre, esquisse ce que pourrait être un plan national pour les bibliothèques. Passage en revue du document.


Ouverture des bibliothèques
Noël Corbin, Erik Orsenna, Françoise Nyssen et Emmanuel Macron
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Accompagné par Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles, Erik Orsenna s'était vu confier la mission de « rôle d'ambassadeur de bonne volonté auprès des collectivités territoriales et de l'ensemble des parties prenantes » pour mettre en œuvre l'adaptation des établissements « à l'évolution des pratiques et des modes de vie de nos concitoyens ». Si la question des horaires d'ouverture était centrale, Orsenna et Corbin devaient aussi aborder « le rôle des bibliothèques dans la cité, leur modernisation et le développement de la lecture » chez les Français, selon la lettre de mission.

 

« Sitôt notre mission lancée, la rumeur l’a qualifiée de “bataille pour l’ouverture du dimanche”. Comme si tout progrès de la lecture devait se concentrer sur le Septième jour à l’exclusion des autres », indiquent Noël Corbin et Erik Orsenna dans leur rapport. La question de l'extension des horaires d'ouverture, comme ils le rappellent, occupe toutefois politiques et professionnels depuis longtemps. 

 

De façon schématique nous pouvons dire que dans beaucoup de lieux, [les horaires d'ouverture] coïncident avec les horaires de travail : les bibliothèques sont le plus souvent ouvertes en journée, fermées lors de la pause méridienne, fermées tôt le soir, fermées le dimanche. On ajoutera qu’elles sont généralement aussi fermées le lundi, jour de repos pour les commerçants. Les actifs et les familles sont ainsi les premiers pénalisés.

 

Si ce constat et la nécessité de définir des amplitudes horaires plus importantes pour les bibliothèques sont largement admis, c'est bien le coût de ces extensions qui freinent les décideurs. En partant d’une analyse des dépenses réalisées par les 55 collectivités qui ont augmenté les horaires de leurs bibliothèques en 2016 et 2017 avec l’aide de l’État, le rapport dégage un coût moyen de 21 millions € pour une heure d’ouverture supplémentaire sur toutes les bibliothèques. Avec l'aide de l'État, ce qui signifie l'apport de la Dotation Générale de Décentralisation — limité à une durée de 3 à 5 ans. Hors DGD, le coût serait donc sensiblement plus élevé — et n'est pas précisé par le rapport.

 

8 millions € de plus pour l'extension
des horaires des bibliothèques

 

Si le rapport souligne à plusieurs reprises la hausse de la DGD voulue par Emmanuel Macron, il n'aborde pas l'après-DGD pour les collectivités ayant fait le choix de l'extension des horaires d'ouverture, ce qui, dans un contexte de réduction des dotations de l'État, n'aurait pas été du luxe... 
 

Étendre les horaires d'ouverture, étape 1

 

Pour mettre en œuvre l'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques, le rapport propose tout d'abord d'établir une cartographie de la situation actuelle pour faire apparaitre, « l'existant et [l]es besoins » dans chaque bassin de vie. Cette cartographie devrait être finalisée avant l'été 2018. Le référentiel choisi s'élève à « une ouverture moyenne de 50 heures hebdomadaires pour les villes de plus de 100.000 habitants et de 45 heures pour les villes entre 20.000 et 100.000 habitants ». Le rapport précise toutefois que ces horaires devront toujours être adaptés aux besoins et aux « temps réels de la cité ».
 

Bibliothèque : toute la fougue d'Erik Orsenna
à défendre la “nation de lecteurs”

 

Le rapport avance « un triptyque » pour l'extension des horaires, à savoir « réponse aux attentes des usagers, respect des conditions de travail des personnels et qualité de fonctionnement du service ». Et ajoute qu'une période de 6 à 18 mois est nécessaire pour mener à bien une politique d'extension des horaires en respectant toutes les parties concernées. Toutefois, le rapport n'aborde pas les questions relatives à l'impact de ces horaires étendues sur les effectifs et la qualité de vie des personnels.

 

« Pour définir les nombres d’agents nécessaires pour l’ouverture, dans de bonnes conditions, d’une bibliothèque au public, le ratio m2/agent est un bon indicateur. Au regard des coûts induits par les extensions d’horaires, le ministère de la Culture dispose de données relatives au coût moyen au m2 d’une heure supplémentaire d’ouverture », expose seulement le rapport. Et ce, sans rentrer dans le vif du sujet, souvent agité, des négociations et débats avec les personnels autour de l'extension des horaires. À ce titre, le rapport invite seulement à se tourner vers les Directions régionales des affaires culturelles, quand un cas pratique de négociations réussies, ainsi que les raisons de cette réussite, aurait pu être utile.

 

Ouverture des bibliothèques soir et week-end :
il faudra de vrais moyens financiers

 

Par ailleurs, des éléments très décriés de la politique récente en bibliothèque sont parfois pris comme argent comptant : « [L]'externalisation des tâches à faible valeur ajoutée, [comme] l’automatisation des prêts et retours de documents » est préconisée alors qu'elle est parfois pointée du doigt comme un facteur de l'éloignement entre bibliothécaires et usagers.

 

Pour la question des bibliothèques universitaires, en particulier à Paris, le rapport renvoie à l'engagement des élus, mais conseille aussi la mise en place de partenariats avec les bibliothèques municipales ou encore le recours à des moniteurs étudiants pour assurer les ouvertures hebdomadaires.


Ouvrir les bibliothèques de France : Erik Orsenna au rapport


Commentaires

Je suis bien d'accord sur l'opportunité d'ouvrir plus largement ces lieux mais qu'en est il des services d'État (préfecture et sous-préfecture) qui, lorsqu'elles ne sont pas simplement fermées, ouvrent de 14h à 16h30 ! Sauf que là on parle de Service Public et non d'un service au public. Alors je ne comprends plus où sont leurs priorités...
Fallait-il vraiment un rapport (très cher qui plus est) pour en arriver à un tel constat ? Franchement !!!!

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