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Bibliothèques sonores : donner sa voix pour les personnes empêchées de lire

Bouder Robin - 21.06.2017

Edition - Bibliothèques - congrès abf - bibliothèques sonores - association donneurs de voix


L'Association des donneurs de voix défend l'accessibilité aux bibliothèques pour tous : depuis 45 ans maintenant, les bibliothèques sonores proposent un catalogue destiné uniquement aux personnes empêchées de lire, comme les personnes non voyantes. Christian Roumilhac, délégué régional d'Île-de-France et président de la bibliothèque sonore d'Évry, nous en explique le fonctionnement. 


Christian Roumilhac, délégué régional en Île-de-France (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

L'histoire des bibliothèques sonores, comme nous la raconte Christian Roumilhac, délégué régional en Île-de-France, commence en 1972... par un accident de ski. C'est le médecin ophtalmologiste Charles-Paul Wannebroucq qui, immobilisé et désormais incapable de soigner ses patients, décide à la place d'enregistrer des livres pour eux. Du succès de l'opération est née l'idée de fonder l'Association des donneurs de voix, et en parallèle, une bibliothèque pour personnes aveugles et malvoyantes.

 

Tout part ainsi d'une première bibliothèque lilloise ; aujourd'hui, grâce à l'aide du Lions Club, rassemblement international de bénévoles dont faisait partie Wannebroucq, on en compte 115, réparties dans toute la France. Le principe est simple : faire appel à des bénévoles pour participer à la cause, et ce de 2 façons différentes.

 

« La moitié sont des donneurs de voix, bénévoles qui chez eux lisent et enregistrent les livres selon une charte qualité préalablement définie », explique Christian Roumilhac. « Après un contrôle interne dans la bibliothèque, le livre est mis en circulation, puis il est remonté sur un serveur national, où il pourra être téléchargé par l'utilisateur. »

 

En somme, pour aider l'association, rien de bien sorcier : il suffit de se rapprocher d'une bibliothèque sonore et de suivre l'une des formations organisées sur place ; la suite se fait sur des logiciels adaptés, comme Audacity. Résultat : des livres audio, réservés aux personnes dont le handicap a été médicalement attesté.

 

Quant à l'autre moitié des bénévoles, à défaut de donner leur voix, c'est leur temps et leur disponibilité qu'ils offrent, pour gérer la logistique, les prêts ou le contact auprès des associations ou des municipalités. En tout, près de 3 500 personnes travaillent gratuitement pour faire vivre les bibliothèques sonores.

 

Un catalogue hétéroclite adapté à un public qui s'élargit

 

Aujourd'hui, le serveur compte actuellement pas moins de 6 700 titres, dont 35 revues... et près d'un millier d'ouvrages de littérature scolaire. Car si l'objectif de départ était de toucher les personnes aveugles et malvoyantes, l'ambition de l'association s'est depuis élargie aux personnes empêchées de lire en général.

 

« Progressivement, les associations de handicapés moteurs ont demandé l'accès aux bibliothèques pour les personnes paralysées ne pouvant tenir un livre », raconte Christian Roumilhac. « Puis, plus récemment, ce sont les associations de parents d'enfants “dys” (dyslexiques, dyspraxiques, dysphasiques) qui sont venues à nous, et nous avons développé un catalogue de littérature scolaire depuis mars 2016. »

 

En bibliothèque, « l'attente des usagers a changé » (Xavier Galaup, ABF)
 

Et plus le catalogue s'agrandit, plus le travail à fournir est important... et demande des financements d'autant plus élevés. « Une telle bibliothèque, ça représente un budget de 8.000 à 10.000 € chaque année », selon Christian Roumilhac : le matériel informatique, les CD, la publication du catalogue, les frais de la réunion statutaire annuelle, mais également les déplacements sur des forums associatifs... Autant d'éléments qui nécessitent un certain soutien de la part de l'État.

 

Une partie du financement vient ainsi des collectivités et des conseils départementaux, le montant des sommes versées variant selon l'action de la bibliothèque aidée ; le reste représente des dons de la part de club services tels que le Lions Club ou des audiolecteurs (bénéficiaires des prêts de livres audio) eux-mêmes.

 

Les livres enregistrés, une exception au droit d'auteur

 

Le succès des bibliothèques sonores est indiscutable, et la demande toujours plus forte. Au total, environ 12.000 audiolecteurs utilisent ce système, qui leur change la vie et ne connaît pas de limites : le catalogue s'enrichit d'une dizaine de titres par jour, choisis d'une part par les donneurs de voix, d'autre part par les inscrits. Le procédé ne rencontre aucune contrainte, y compris en ce qui concerne le droit d'auteur sur les livres enregistrés.

 

« Nous bénéficions du privilège de l'exception au droit d'auteur, comme toute association qui œuvre pour le seul bénéfice des personnes handicapées; nous sommes également reconnus d'utilité publique et avons la franchise postale lorsque nous envoyons les enregistrements. » Bien entendu, de tels avantages ne vont pas sans quelques contraintes : les fichiers audio sont protégés par des DRM, pour éviter toute copie. De même, impossible pour les bibliothèques de reprendre un livre audio mis en vente sur le marché ; il faudra obligatoirement le réenregistrer.

 

« C'est logique vis-à-vis des éditeurs », conçoit Christian Roumilhac. « En revanche, ces éditeurs essaient actuellement de limiter nos droits en nous empêchant de réenregistrer un livre déjà enregistré. Il est peu probable que ça arrive, mais ça va encore donner des démarches administratives longues et compliquées, comme c'était le cas au tout début du projet. À l'époque, il fallait demander l'autorisation pour enregistrer un livre, autorisation qui parfois n'arrivait que 3 mois plus tard... » 

 

Dès le 1er juillet, voici les fichiers à envoyer à la BnF
pour produire des documents adaptés

 

Les Bibliothèques Sonores se sont battues pour exister et se faire connaître, et profitent d'événements comme le Congrès ou les salons du livre pour convaincre le public de proposer ses services bénévolement. Le site de l'Association invite de même qui le souhaite à s'inscrire pour devenir donneur de voix ou donneur de temps.