Biélorussie : un éditeur oppressé dans la dernière dictature d'Europe

Clément Solym - 08.01.2015

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Ihar Lohvinau est propriétaire en Biélorussie d'une maison d'édition et d'une libraire. Il fait actuellement face à des poursuites engagées par le ministère de l'information, pour la mise en vente de livres, au prétexte qu'ils n'ont pas été enregistrés. En trame de fonds, les ouvrages évoquent des brutalités policières, sujet particulièrement sensible.

 

 

Ihar Lohvinau

 

 

Le procès pourrait aboutir à une lourde amende et la fermeture de l'établissement, que l'International Publishers Association (IPA) décrit comme « une plaque tournante vitale pour la fragile communauté littéraire du pays ». C'est que depuis 2000, l'éditeur biélorusse, avec Lohvinau Publishing House, dispose de 700 titres en catalogues, de littérature, d'histoire, de politique et d'art. 

 

En face, la Biélorussie n'incarne pas vraiment un modèle de démocratie et les opposants au président Alexandre Loukachenko n'ont pas voix au chapitre. Suite à sa réélection, avec presque 80 % des voix, l'homme a vu le suffrage de décembre 2010 très contesté, mais a répondu par des emprisonnements. D'autres dérives autoritaires lui sont reprochées, et, si l'Occident dénonce régulièrement ses malveillances, la Russie lui a apporté un plein et entier soutien. 

 

Ihar Lohvinau avait reçu de l'IPA le prix de la liberté d'édition en 2014, mais depuis octobre 2013, le procès qu'il subit lui a retiré son permis de publier des livres. Il aurait contrevenu aux règles accordant des licences de publication, un comportement pointé par l'IPA comme « une tentative politique pour étouffer un créateur courageux et faire taire la voix de la liberté et d'ouverture d'esprit en Biélorussie ». 

 

Sa fille Alexandra avait reçu le prix à sa place, et promis de « continuer à publier des travaux importants, tout en opérant dans la dernière dictature d'Europe », assurait l'IPA. 

 

Pourtant, la procédure a quelque chose de kafkaïen, dans ses méthodes bureaucratiques. Le libraire-éditeur a en effet déposé une demande d'enregistrement auprès de l'État à huit reprises, mais toutes ont été rejetées pour des prétextes assez creux. Mieux : dans le registre de la censure biélorusse, on note qu'un des livres de l'éditeur, paru en 2011, fait l'objet d'une condamnation ferme. Il présente différentes photos de manifestants opposés au président, et victime d'une répression policière forte. Le livre fut saisi, et le ministère de l'information mène la vie dure à l'éditeur.

 

En s'appuyant sur la législation qui condamne toute parution de documents qualifiés d'extrémistes, le gouvernement est donc parvenu à interdire l'ouvrage, et l'activité de l'éditeur. Ihar a lancé des requêtes, et déposé plainte pour regagner sa licence d'éditeur, mais en vain. Il a par la suite déménagé son entreprise en Lituanie, mais s'est de nouveau heurté aux autorités biélorusses, après un audit inattendu. 

 

Aujourd'hui, le procès dans lequel il est engagé, et qui se poursuivra ce 9 janvier, démontre le harcèlement dont est victime l'éditeur. Il risque une amende d'un milliard de roubles, mais, comme le note l'IPA, « Ihar Lohvinau a juré de continuer à se publier des ouvrages importants en biélorusse, comme il se bat pour son propre droit et pour la liberté d'expression ».

 

Le PEN, centre international regroupant des auteurs de tous pays, a appelé les ministres biélorusses à se saisir de cette affaire pour démontrer que le pays est bien entré dans une période de liberté. Cet octroi de licences pour la publication de livres doit être révisé, car elle représente « une menace pour le développement littéraire ». Cette dernière contraint en effet les éditeurs à s'inscrire auprès du ministère de l'Information.

 

(via The Guardian)