Big Brother : le scandale Snowden remet 1984 et Orwell au goût du jour

Nicolas Gary - 11.06.2013

Edition - International - George Orwell - surveillance - Barack Obama


Le scandale plaît à l'Amérique, toujours prompte à s'indigner : la surveillance de l'ensemble du pays, par les systèmes de sécurité fait scandale. Verizon, société de télécommunication, aurait donc permis, si l'on se fie aux révélations de l'ancien employé de la CIA, Edward Snowden, de fliquer les citoyens. Au menu, écoutes téléphoniques, vérification des emails, traçage sur les réseaux sociaux, jusqu'à l'examen des mots clefs utilisés par les internautes. La CIA a fait un bon boulot...

 

 

 

 

Surveiller ses concitoyens et administrés, voilà qui va coûter cher au président américain. Ce qui est d'ores et déjà considéré comme l'une des fuites les plus importantes dans l'histoire étatsunienne, et portant sur la sécurité nationale, déborde d'ailleurs les frontières. En Europe, Angela Merkel a promis qu'elle demanderait des comptes à Barack et la vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding interpellera le président le 14 juin prochain, à l'occasion d'une rencontre prévue à Dublin. 

 

Alors, voilà que le chef du monde occidental se retrouve dans une position un brin délicate. S'être appuyé sur les réseaux de télécommunication de l'acteur Verizon, n'était pas la meilleure option a prendre. Plusieurs dizaines de millions de clients mis sur écoute, et des répercussions qui s'étendraient jusqu'aux grandes multinationales type Google, Yahoo! ou encore Apple et Microsoft... voilà qui ne fait pas plaisir.

 

Surtout que ces dernières auraient pris part à la surveillance. Le tout a été mis en place au travers de la surveillance mise en orbite par la NSA, au travers de son programme PRISM. Les télécommunications sont étudiées, décortiquées... et la cote de popularité d'Obama, clairement malmenée. Évidemment, dans une société d'échanges numériques, on se doute bien qu'une pareille situation rappelle les sombres projections d'ouvrages de science-fiction, et 1984, de George Orwell en tête de liste.

 

1984, le retour

La voix du télécran déversait encore son histoire de prisonniers, de butin et de carnage, mais le vacarme extérieur s'était un peu apaisé. Les garçons revenaient à leur service. L'un d'eux s'approcha de Winston avec la bouteille de gin. Winston, plongé dans un rêve heureux, ne faisait aucunement attention à son verre que l'on remplissait. Il ne courait ni n'applaudissait plus. Il était de retour au ministère de l'Amour.

Tout était pardonné et son âme était blanche comme neige. Il se voyait au banc des prévenus. Il confessait tout, il accusait tout le monde. Il longeait le couloir carrelé de blanc, avec l'impression de marcher au soleil, un garde armé derrière lui. La balle longtemps attendue lui entrait dans la nuque.

Et pour nombre de consommateurs, c'est ainsi l'occasion qui fait le larron : les ventes de 1984 ont grimpé comme de petites folles, et l'on note un intérêt tout particulier pour le roman d'anticipation. En l'espace de quelques jours, l'éditeur du livre a réalisé que les ventes avaient fait de véritables cartons. 

 

Plus de 6000 % de hausse de ventes

 

En observant uniquement les ventes sur Amazon.com, on se rend compte qu'entre le début du scandale et aujourd'hui, le classement du livre est passé de 12.507e à 213e meilleure vente. Une situation plus qu'anecdotique, alors que le 8 juin était célébré le 64e anniversaire de la parution du roman.

 

Même Barack Obama n'a pas pu échapper à la comparaison. Dans son intervention de vendredi dernier, tentant de défendre le programme PRISM, il expliquait : « Dans l'absolu, vous pouvez vous plaindre de Big Brother et de ce que ce programme semble disposer d'un potentiel insensé, mais quand vous regardez précisément les détails, je pense que nous sommes parvenus à un bon équilibre. »

 

Reste qu'avec plus de 6000 % d'augmentation des ventes, l'intérêt des Américains pour la surveillance de leur vie indique clairement combien les administrés prennent cela au sérieux. D'autant plus que les révélations apportées par Edward Snowden montrent bien que l'ensemble du réseau de surveillance glisserait sans peine vers une vision noire du type 1984, tout particulièrement dans la société numérique contemporaine. 

 

On n'en est pas encore à suivre les pensées en temps réel, ni les mouvements des habitants. Pas encore. Sur la librairie en ligne, Feedbook, qui propose le titre en différentes langues, pas de mouvement, en tout cas, du côté numérique : 

 


 

Chose amusante, et bien entendu corollaire à cet engouement, les ventes de La ferme des animaux, l'autre grand titre d'Orwell, ont également connu une forte augmentation, avec une hausse des ventes de 314 % en l'espace de quelques jours.