Bilinguisme forcé au Québec : un auteur salue la fin d'un “odieux chantage”

Clément Solym - 16.02.2016

Edition - International - Bilinguisme Québec - auteurs subventions - anglais français


Tiraillé entre son voisin américain, l’ensemble du territoire anglophone et sa langue française, le Québec vient de remporter une victoire, saluée par l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu. Un plaisir très personnel, d’ailleurs, puisque l’écrivain avait lui-même combattu une directive contraignante pour les artistes percevant des subventions fédérales. Ces derniers devaient formuler leurs remerciements en français et en anglais. Mais plus maintenant.

 

Victor-levy-Beaulieu-bilinguisme

VLB, heureux...

 

 

Après 10 mois de lutte juridique, la directive Patrimoine Canada a finalement été supprimée, pour le plus grand plaisir de l’auteur et éditeur de la maison Trois-Pistoles. En cas de participation financière du gouvernement fédéral à une publication de livre, il ne sera plus impératif de présenter sa gratitude dans les deux langues. 

 

« On vit au Québec et la langue, c’est ce qui constitue notre identité. Tous les jours, c’est un combat parce qu’on est une minorité dans un monde anglo-saxon », explique l’auteur. Qui fut toutefois bien seul dans cet affrontement : l’interprofession n’aurait pas vraiment marqué son appui, et plus globalement, les politiques étaient aux abonnés absents. 

 

« Je déplore toutefois le silence de nos partis politiques québécois sur le sujet : malgré nos interventions, le Parti québécois, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire n’ont pas fait écho (du moins publiquement) à nos appels à la solidarité. Inutile que j’ajoute que le gouvernement Couillard n’a fait guère mieux — tant il est vrai qu’il ne cesse de couper dans les fonds destinés à l’apprentissage du français, aussi bien pour les immigrants que pour les élèves de nos écoles », lance l’écrivain dans un long message. 

 

Le député Guy Caron, de Rimouski Neigette-Témiscouata-Les Basques, a toutefois était l’un des soutiens de l’auteur. « C’est une direction qui a été mise en place par les conservateurs à l’époque, sans aucune justification, et les efforts de M. Beaulieu ainsi que de certaines autres maisons d’édition ont permis effectivement de renverser cette décision », explique-t-il. De même, la nouvelle ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, est intervenue pour que la directive soit renvoyée aux oubliettes. 

 

La direction de Politique et programme de l’édition du livre du ministère du Patrimoine canadien a ainsi fait partir un communiqué, amplement relayé dans la presse.

 

 Le Ministère du Patrimoine canadien vient de revoir ses directives entourant la façon de reconnaître l’aide financière reçue du gouvernement du Canada. Ce changement fait en sorte que la reconnaissance de l’aide reçue du gouvernement du Canada pourra apparaître dans une seule langue officielle (français ou anglais) lorsque la publication disponible n’est disponible qu’en anglais ou en français.

 

Dès les premiers temps, Trois-Pistoles avait dénoncé la volonté de Patrimoine canadien. Victor-Lévy Beaulieu plaidait en effet pour que l’on respecte la loi 101 du Québec, qui instaure la langue française comme langue officielle, et seule langue d’usage. Selon l’écrivain, tout revenait à « un odieux chantage : plus de subventions aux éditeurs qui refuseraient de se plier à cette directive sur le bilinguisme ».

 

Pour l’auteur, ce changement de position devrait permettre d’accéder de nouveaux aux subventions, et soutenir le travail de la maison d’édition. « Aussi, ça va peut-être faire ouvrir les yeux aux éditeurs et écrivains qui ont failli à leur devoir de ne rien faire dans ce cas-là. »

 

(via L'Avantage, Radio Canada, Info dimanche)