Bisbille sur la succesion de Saint Exupery, les Giraud d'Agay assignés

Clément Solym - 15.07.2010

Edition - Justice - saint - exupery - justice


Qui se partage et profite du gâteau Saint Exupéry, fourré notamment au Petit Prince, titre particulièrement intéressant, puisqu'il se vend à 300.000 exemplaires environ chaque année, en France ? La galette est alléchante et pour le coup, les droits de succession complexes.

Consuelo, épouse d'Antoine, partagea en effet avec les deux soeurs et la mère de l'écrivain, les droits d'auteur, avec 50 % pour les deux parties. À son décès, c'est José Martinez-Fructuoso, collaborateur et fils spirituel, qui est son légataire universel. Et à ce titre, peut prétendre aux 50 % de Consuelo. À ce titre, il perçoit des droits que Gallimard lui reverse, et lui comme son épouse « ont publié ou contribué à la publication de nombreux ouvrages sur Antoine ou sur Antoine et Consuelo de Saint Exupéry ».

Enjeux culturels, judiciaires et autres


Or, si cette succession semblait très bien se déroulait, José se retrouve également dans l'impossibilité de mettre à la connaissance du public, ou de publier, « des trésors d'Antoine et du couple », à savoir, de nombreux documents, des dessins originaux, notamment du Petit Prince et une quantité extraordinaire de photos, de films, de correspondances d’Antoine.

En effet, les Giraud d'Agay, descendants de la soeur cadette d'Antoine possèdent les 50 % sur les droits. Mais le décès en 1986, ainsi que celui de la mère et de l'autre soeur laissent une situation complexe et conflictuelle. Principalement autour des droits dérivés, dont la gestion et l'exploitation sont devenues particulièrement ardues. Alors, qu'au contraire, aucune anicroche pour ce qui est des textes. On en appréciera l'inventaire, à la Prévert :
La succession Giraud d’Agay, avec Olivier de Giraud d’Agay, à la tête de nombreuses sociétés, dont plusieurs commerciales, gère et exploite pour le compte de l’indivision des 2 successions les droits dérivés de l’œuvre en particulier Le Petit Prince. Merchandising de produits dérivés Le Petit Prince : publicités diverses utilisant les dessins du Petit Prince (Veolia, Reunica, Toshiba, S.T.Dupont, etc.) mais aussi droits cinématographiques et multimédia, comme Harry Potter ou Tintin... C’est ainsi que le Japon a près de Tokyo son village Le Petit Prince, de même en Corée du Sud et qu’une adaptation « Le Petit Prince, nouvelles aventures » sous forme de série télévisée est prévue pour la fin 2010. Une aire d'autoroute Le Petit Prince avec boutique, etc., vient d'être inaugurée à Yorii près de Tokyo. La Boutique du Petit Prince sur Internet vend une multitude de produits Le Petit Prince.

Et José Martinez-Fructuoso voit rouge : « Consuelo de Saint Exupéry m’a fait confiance en faisant de moi le légataire universel de tous ses droits sur l’œuvre de son mari Antoine de Saint Exupéry et c’est donc avec une parfaite légitimité que j’entends que ces droits soient respectés et qu’il ne soit pas fait n’importe quoi en ce qui concerne les droits dérivés sur le Petit Prince, ça suffit ».

Question d'argent

Les Giraud d'Agay sont ainsi assignés en justice, avec leurs sociétés par la succession Consuelo de Saint Exupery, conseillée par Me Jean-François Bretonnière, avocat associé de Baker & McKenzie et spécialiste en matière de Propriété Intellectuelle. Et l'avocat d'expliquer : « Consuelo de Saint Exupéry était mariée sous le régime de la communauté avec Antoine de Saint Exupéry ; à la disparition d’Antoine en mission, Consuelo, (veuve et jamais remariée), était du fait de son mariage automatiquement propriétaire de la moitié des droits patrimoniaux sur l’œuvre littéraire de son mari. La propriété des droits d’auteur en indivision a pour conséquence que les droits dérivés sur l’œuvre sont aussi indivis moitié - moitié entre les deux successions ».