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Blaise Cendrars accusé de négrophobie pour ses Petits contes nègres

Antoine Oury - 02.05.2018

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Publié pour la première fois en 1929, Petits contes nègres pour les enfants des Blancs témoigne de l'intérêt de Blaise Cendrars pour l'Afrique, quelques années après son Anthologie nègre de 1921. Si ces livres font aujourd'hui polémique, c'est pour l'utilisation du terme « nègre » dans leurs titres, jugée négrophobe. Les Petits contes nègres pour les enfants des Blancs sont publiés chez Gallimard et dans une coédition de luxe par Albin Michel et la Bibliothèque nationale de France.





 

C'est un post sur la page Facebook Décolonial News, le 29 avril dernier, qui lance la polémique : deux photographies de la couverture et de la 4e du livre de Blaise Cendrars, Petits contes nègres pour les enfants des blancs, publié par Gallimard dans la collection Folio Cadet, ouvrent un réquisitoire contre l'ouvrage. « Le conte negrophobe pour enfants remis en vente, les époques passent, mais le racisme lui perdure ! voila ce que l'on trouve en 2018 sur les présentoirs de la Fnac de Valenciennes ! C'est comme ça en France que l'on inocule à des enfants la #negrophobie », peut-on lire sur la page.

 

 

Le 1er mai, à 23h, la page propose cette fois une vidéo, montrant l'équipe de la page dans une Fnac, tentant d'interroger une libraire et le directeur du magasin sur la présence de l'ouvrage de Blaise Cendrars dans les rayons. En raison de la présence d'une caméra, les équipes de la Fnac se refusent à tout commentaire : « Notons que notre reporter a reçu, sur place, un accueil surprenant de la part d'employés du magasin, ainsi que de celle de la sécurité — comme en tépoignent (sic) les images — », constate seulement Décolonial News.

 

 

Publié en 1929, le recueil Petits contes nègres pour les enfants des blancs a été écrit par Blaise Cendrars après son Anthologie nègre, publiée quelques années auparavant. Les deux recueils témoignent d'un souci similaire, celui de faire connaître et d'ancrer la tradition orale du récit en Afrique dans un cadre littéraire. « La particularité de ces textes est que Cendrars s'est inspiré des travaux de folkloristes et de linguistes pour en faire des œuvres littéraires. Il a entendu ces contes, mais a ensuite effectué un travail de recherche et d'écriture, un travail de poète et d'écrivain », explique Lucette Savier, qui s'est chargée de la réédition des Petits contes nègres coéditée par Albin Michel Jeunesse et la Bibliothèque nationale de France.
 

Dans le Minnesota, Harper Lee et Mark Twain
expurgés des programmes scolaires

 

« Nous nous sommes interrogés sur ce titre, bien sûr, mais le terme “nègre” se range ici dans l'esprit de fierté et d'admiration qui est celui de la négritude et qui était déjà magnifié dans les années 1920 dans des revues et des anthologies. De plus, on ne réécrit pas un titre », explique Lucette Savier. La négritude et la récupération du mot « nègre » par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Léon-Gontran Damas pour ses Poèmes nègres relèvent de la même intention, explique l'éditrice.

 

Certes, ici, c'est Blaise Cendrars, auteur blanc, qui utilise ce terme, mais l'idée est bien de « valoriser tout un pan de la culture orale africaine, de sortir du domaine du folklore ces histoires extraordinaires pour leur donner une histoire littéraire, une autre forme que l'oralité ». Grand admirateur du continent africain et des arts dits primitifs, Cendrars se qualifiait de mélanophile ou mélanomane au cours d'une époque où la défense des territoires et peuples colonisés côtoyait parfois un certain paternalisme.

 

Réédition des Aventures de Bamboula :
une nécessité, vraiment ?

 

Cependant, « je ne pense pas qu'il y ait lieu d'en faire une polémique », assure Lucette Savier, « même si je comprends qu'il faille s'interroger sur les termes et sur ce titre en l'occurrence, car il est important de comprendre le sens des mots et leur emploi, ce qu'il véhicule, à un moment donné ». Pour l'éditrice, bien sûr, « on ne publierait pas un livre qui emploierait ce terme au premier degré aujourd'hui ».

 

À l'inverse, le livre de Cendrars « est à remettre entre les mains des lecteurs », selon Lucette Savier, « tout comme les bois gravés de Pierre Pinsard, un artiste injustement oublié ». Les Petits contes nègres pour les enfants des blancs, selon l'éditrice, « invitent avant tout au partage entre les grands et les petits, c'est une manière de dire que nous, adultes, pouvons aussi apprendre par les enfants, notamment une manière de raconter le monde que l'on a tendance à oublier ».




Commentaires

"Comment les blancs sont d'anciens noirs" autre titre de Cendrars qui lui va faire hurler les vrais racistes. Comment Cendrars pouvait-il imaginer en 1922 que son titre ferait polémique, lui qui voulait promouvoir la culture des peuples africains, et qui n'était certainement pas raciste ?

"Trop, c'est trop" (autre titre de Cendrars).

Soyez curieux : découvrez l'homme et son oeuvre qui est riche et variée.

NB - Et que fait-on de "négro spiritual" ?
Prochaines œuvres à bannir : "La case de l'oncle Tom", "Autant en emporte le vent" (des Sudistes esclavagistes !), Robinson Crusoe (à cause de Vendredi)…Sans oublier d'expurger la vie de Joséphine Baker (plus question de dire qu'elle fréquentait le Bal Nègre)ou de rebaptiser le film "Rue Cases-Nègres"… Navrant de constater qu'en joignant posture et inculture (vraie ou fausse), certains dévoient un combat qui mérite bien mieux.
Bonjour.

Donc vous osez dire que le titre du film " Rue cases-Negres pourrait être changé. On sait bien que c'est de la sorte que les eslavgistes appelaient les noirs pendant cette période sur le ton du dédain. Il n'y avait rien de glorieux dans leur bouche.

Le titre de ce livre de nos jours ne peut plus passer que cela vous plaise ou non.
« Le titre de ce livre de nos jours ne peut plus passer »



Effectivement, « de nos jours », ce titre ne pourrait plus passer à moins d’être écrit par un.e noir.e ou de ne pas être écrit au premier degré.



Cependant, ce livre n’a pas été écrit « de nos jours » et les droits d’auteur interdisent à un éditeur de changer le texte d’un auteur sans son accord: il s’agit de respecter l’intégralité de l’œuvre. Dans le cas contraire, il est certain que le titre aurait été changé... parce qu’ils je l’éditeur connaît bien le tabou et la connotation abjecte de ce mot actuellement!
Une pétition contre le retrait de ce livre: https://chn.ge/2JQCZer
Brûler d'autres livres racistes comme "La Négresse blonde", Candide de Voltaire (un chapitre s'intitule "Le Nègre du Surinam", "Le Nègre" de Simenon, celui de Philippe Soupault, aller barbouiller "le Nègre Scipion" de Cézanne, détruire le Négresco, tuer Pascal Nègre et tous ceux ceux qui s'appelant Nègre sont blancs, aller casser "Le Nègre marron" la sculpture de Hector Charpentier en Martinique, déchirer les définitions des mots "nègre" et "noir" dans les dictionnaires, interdire aux Blacks/Noirs/Nègres/Indigo d'utiliser une langue européenne en parlant "petit nègre" et obliger les illettrés et les imbéciles d'habiter les lieux-dits "Le Nègre" de France et de Navarre, sans oublier de fréquenter l'école de "Barbanègre" à Paris 19ème établie dans la rue éponyme.
Messieurs, Mesdames, il serait juste de considérer le titre au complet, l'audience ciblée, l'auteur et son époque avant de tomber dans le piège du pédantisme profond. L'œuvre a été écrit au début du XXe, une époque ou l'esclavage, le darwinisme, la hiérarchie des races étaient chose normal. Au nom de ces anomalies normalisées, les races dites supérieures ont fait des choses atroces dont l'holocauste, des génocides etc...Nous ne pouvons nous permettre de continuer à diffuser cette idéologie obsolète et assassine aux enfants dans une ère qui tente de ramener l'égalité dans nos systèmes d'éducation etc...La France et les Français devraient le comprendre mieux que quiconque considérant la crise sociale que vous traversez depuis des décennies...
Tant qu’à considérer le titre au complet et l’audience ciblée, n’oublions pas de lire le prologue, chère Sandra B. Celui-ci précise que :

« Un homme raisonnable ne peut parler de choses sérieuses à un autre homme raisonnable : il doit s'adresser aux enfants »



En s’adressant aux enfants, Cendrars leur parle de choses sérieuses : les Africains ont une culture. Autrement dit, ils casse un des stéréotypes racistes de son époque. Pas d’idéologie raciste derrière ce texte, donc.



Soyons clair:

AUJOURD’HUI, il faut être raciste ou noir pour utiliser le mot « nègre ».

AU DÉBUT DU XXeme, la majorité des Européens était raciste, la principale connotation du mot nègre était raciste, mais il était aussi utilisé de manière positive par ceux qui se passionnaient pour l’Afrique et sa culture... dont Cendrars.



C’est de cet écart entre les connotations de l’époque et le tabou actuel que vient la polémique: aujourd’hui, le mot est tabou, choquant et abject. Mais le texte de Cendrars ne l’est pas (il s’agit bien de contes africains, présentés comme étant africains: pas d’appropriation, donc).



S’il était possible de changer le titre d’une œuvre sans obtenir l’accord de l’auteur, il est fort probable que l’éditeur l’aurait fait. Cependant, le droit d’auteur prévoit le respect de l’intégrité d’une œuvre: on ne peut changer le texte de quelqu’un d’autre sans son accord...



Pour le reste, nous sommes d’accord : le racisme, le vrai, est à combattre; il a été à l’origine de trop de morts. Je me permettrai juste une petite correction : au début du XX, l’esclavage n’était plus « chose normale », il avait été aboli dans la première moitié du siècle précédent...
L’œuvre de Cendrars est tout sauf raciste mais les moralistes d'aujourd'hui sont d'effroyables Social Justice Warriors incultes. L'avenir s'annonce autodafesque, avec une élite digne de celle du film Idiocracy. Quelle ironie pour le monde culturel français. Bien fait, en somme. Fallait se réveiller avant...
Qu'on arrête de nous emm..., de nous harceler, nous les sous-chiens de Blancs !
On ne peut pas vraiment parler de harcèlement, Bebert90, tout juste d'un malentendu...



Par ailleurs, si vous vous sentez vraiment harcelé par cette polémique, je vous suggère d'essayer d'imaginer ce que peuvent ressentir les noirs en voyant comment ils ont été (et sont encore trop souvent) traités tout au long de l'histoire... il ont bien des raisons de réagir au quart de tour comme vous venez de le faire!
Joseph Zobel, auteur de "La Rue Cases-Nègres" Martiniquais, amis de Cendrars écrivait "Quel ravissement, d'être en la compagnie de ce grand bonhomme dont la simplicité agit sur moi comme un enchantement. Et si familier !" in "d'Amour et de Silence", 1994, page 23. Joseph Zobel est décédé le 17 juin 2006 à 91 ans. Le film tiré de son livre a obtenu le lion d'argent à la Nostra de Venise. Il était l'ami d'Aimé Césaire.

Leopold Sédar Senghor a écrit une "Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française" et aussi "Négritude et humanisme" ; mais lui était cultivé.

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