BnF : assujettir le domaine public à l'intérêt marchand

Nicolas Gary - 26.01.2013

Edition - Bibliothèques - numérisation - partenariat public privé - BnF


Autant du côté des organisations professionnelles que des syndicats et plus encore dans les associations de défense des droits des internautes, personne n'accepte le projet de numérisation de la BnF. Les accords passés avec les sociétés Believe et ProQuest, pour la numérisation d'oeuvres entrées dans le domaine public, relèvent d'une réelle privatisation du patrimoine, contestée de tous bords. 

 

Exposition

Des histoires d'enchantements, qui trompent énormément ?

dalbera, (CC BY 2.0)

 

 

Dès l'annonce des perspectives de financement de la numérisation du patrimoine par le grand Emprunt, le syndicat FSU avait émis de sérieuses réserves sur les dangers que représentaient ces accords avec des partenaires privés. Les débats avaient alors été vifs entre les syndicats, la direction de la BnF et plusieurs universitaires - dont Roger Chartier, président du Conseil scientifique. 

 

« En créant la filiale "BnF - Partenariats", Bruno Racine a franchi le Rubicon », estime ce jour le syndicat, puisque le président de l'établissement conditionne la numérisation de masse « à l'intérêt de groupes privés, chargés de la numérisation de corpus de documents définis par l'établissement ainsi que de l'exploitation commerciale exclusive des fichiers numériques ».   

 

Et le syndicat de dénoncer un comportement récurrent dans la direction de l'établissement, puisqu'il s'accompagne de « l'abandon de toute politique documentaire indépendante, celle-ci étant assujettie à l'intérêt marchand ». Le tout cautionné par la ministre de la Culture.

 

La FSU frappe ainsi très fort, du poing sur la table : le syndicat considère que les accords « constituent une véritable déclaration de guerre à la démocratie, les œuvres numérisées du domaine public étant désormais "encapsulées" dans des bases commerciales puis, mercantilisme oblige, revendues à prix d'or à d'autres bibliothèques publiques ». Et de conclure, reprenant la célèbre apostrophe de Caton l'Ancien : « BnF-Partenariats doit être démantelée ! »

 

À ce jour, de nombreuses tribunes ont été publiées, et les réactions ne manquent pas : « Nous saluons aujourd'hui ces initiatives s'élevant contre une aliénation du patrimoine public marquant un pas de plus vers la privatisation de la BnF, institution culturelle majeure qui ne saurait appartenir qu'à la collectivité et non aux pillards de la Nation », appuie la FSU.

 

L'Association des directeurs et personnels de direction des Bibliothèques universitaires et de la Documentation a pour sa part désavoué dans un communiqué la politique menée par la BnF : « Sur le plan déontologique, l'ADBU condamne fermement ces accords, qui, s'ils n'apparaissent pas, commercialement, aussi scandaleux que les dispositions portant sur la numérisation des œuvres indisponibles, entravent, même temporairement, la libre circulation sur les réseaux d'œuvres du domaine public, et nuisent à la diffusion de l'information et de la culture, qui sont l'ADN des bibliothèques publiques, et la base de la recherche. »