Boko Haram : "Une espèce inférieure à l'être humain" pour Wole Soyinka

Louis Mallié - 15.05.2014

Edition - International - Bokoharam - prix nobel - Wole Soyinka


Depuis plusieurs jours, le prix Nobel de littérature nigérien Wole Soyinka n'a eu de cesse d'intervenir à propose de l'affaire des 200 lycéennes captives de Boko Haram. Alors que le gouvernement se dit prêt à négocier avec l'organisation djihadiste pour la libération des jeunes filles, l'écrivain n'a pas mâché ses mots, qualifiant le chef de cette dernière « d'obscénité », et de « très religieux, et très drogué ».

 

 

Nigeria

Radio Nederland Wereldomroep, CC BY-ND 2.0

 

 

Contacté hier par l'AFP, l'auteur a dit comprendre parfaitement le caractère inextricable de la situation pour le gouvernement, qui doit choisir entre composer ou non avec les terroristes. « C'est un casse-tête pour la Nation, parce que ces jeunes filles doivent être sauvées », reconnaît Soyinka. « Pour moi, nous avons affaire à une espèce inférieure à l'être humain, comment peut-on dialoguer avec une telle obscénité ? ».

 

Soyinka s'est également indigné que certains critiques trouvent « embarrassant » que le président nigérian Goodluck Jonathan de la première puissance économique africaine ait été contraint d'accepter l'aide de Chine, de la Grande-Bretagne, de la France, d'Israël et des États-Unis. « Dans ce genre de situation, où on fait face à de tels meurtriers, des maniaques de l'homicide qui sont capables de se rendre dans une école et d'enlever des centaines de filles (...) toute aide est la bienvenue. » Pour lui, cette aide « n'est pas une faveur, c'est un devoir. »

 

Pour autant, il a tenu à mettre en garde le gouvernement au sujet des nombreuses manifestations qui ont court en soutien aux jeunes filles. Le président et son administration doivent selon lui « faire très attention, parce que les gens souffrent depuis très très longtemps. » Il a donc appelé le gouvernement à les respecter... d'autant plus qu'il l'accuse d'avoir laissé cette situation s'installer.

 

La semaine dernière,  lors de la Royal African Society Wole Soyinkia avait déjà déclaré que Boko Haram « est un produit de plusieurs décennies de vieilles tactiques politiques », avait rapporté The Guardian. Selon lui, depuis 20 ans « la religion se mêle à la politique pour créer un mélange toxique ». Il impute en effet la croissance du radicalisme religieux à une tare du Nigeria moderne : l'impunité.  « “Le Boko Haramisme“ commence avec la culture de l'impunité ».

 

Interrogé par la BBC, il n'avait donc pas hésité à critiquer franchement son pays « Je pense parfois que le Nigeria est un failing state mais, la rédemption n'est pas impossible », ajoutant :  « j'ai le sentiment que le gouvernement nous a conduit à cette situation. Si nous perdons les jeunes filles, nous perdons la nation entière, ainsi que notre dignité ». 

 

Aussi souhaite-t-il désormais la plus grande mobilisation possible : « Cela tient désormais de la responsabilité de la communauté internationale : un crime contre l'humanité a été commis », avait-il conclu au Royal African Society, avant d'appeler la nouvelle génération de Nigériens, artistes et autres, à « répondre à ceux qui pensent qu'ils ont un droit divin pour salir nos vies ».

 

 

 




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