Bolivie : livres trop chers, contrefaçon et peu de lecteurs

Cécile Mazin - 17.10.2015

Edition - International - Bolivie édition - livres prix - lecteurs pirates


L’édition en Bolivie porte de multiples espoirs sur l’édition numérique, et l’essor de ce format, pour développer ses ventes. Mais à l’heure actuelle, le pays rencontre des problématiques plus concrètes encore. Le marché souffre de maux à résoudre, prioritairement.

 

Desfile de integración Cultural Bolivia Argentina

Ministerio De Cultura - CC BY SA 2.0

 

 

Que l’on parle de piratage de livres, en Bolivie, et les regards ne se dirigent pas nécessairement vers internet. Ce marché parallèle exerce une influence incontestable sur les lectures, et la capacité des sociétés privées à développer leur marché. 

 

Nourri de succès populaires, il empêche la diffusion des œuvres, la rémunération des auteurs. Mais dans le même temps, il est le témoin d’une reconnaissance populaire – avec ce paradoxe de réduire les choix de lectures.

 

Avec tome 4 de Millenium, la contrefaçon est devenue symptomatique : l’impression illégale de livres aboutit à la commercialisation de livres vendus 70 % moins cher que le tarif établi par l’éditeur. Or, les Boliviens, s’ils souhaitent lire, trouvent encore et toujours les ouvrages trop chers. Le serpent n’en finit pas de se mordre la queue.

 

Comment investiraient des éditeurs, avec dans l’idée de vendre moins cher leur production, sur un marché où les lecteurs-acheteurs sont peu nombreux ? Ceux qui payent pour lire préféreront encore des ouvrages contrefaits, avec pour conséquence de bloquer le développement de l’offre. D’autant plus que ce sont avant tout des ouvrages anglophones qui sont victimes de cette contrefaçon.

 

Mais l’édition souffre également d’autres troubles, connexes : le manque de critique littéraire établie, en mesure de prescrire de nouvelles lectures, et de suivre la carrière des auteurs. Sans relais médiatique pour contextualiser le travail des maisons, les œuvres qui paraissent, difficile de provoquer les échanges et les discussions. 

 

Dans ce contexte, la croissance du livre numérique semble plus qu’une utopie. Ernesto Martinez, dirigeant de la librairie Martínez Acchini de La Paz, considère l’ebook comme une grande solution. En juin dernier, il a déployé une solution numérique, pour venir à bout des questions logistiques de distribution, particulièrement onéreuses. « Le grand avantage de la technologie numérique est de rendre les auteurs boliviens accessibles à l’extérieur du pays, parce que les nouveaux outils nous permettent de dépasser les obstacles logistiques. » Devenu l’un des nearly adopters de ces solutions, il distribue donc en numérique les catalogues disponibles.

 

Mais cette approche, innovante et logique, si elle apporte des solutions pratiques, se heurte à d’autres enjeux : les appareils de lecture en sont un, le piratage d’ebooks en est un autre. Ainsi, voici le marché revenu à la problématique première : la contrefaçon est revenue un régulateur, établissant d’un côté ce qui est lu, et pourrait être vendu, tout en empêchant la diffusion à travers les canaux légaux. Et réduisant au silence les auteurs qui ne sont pas internationalement connus. 

 

Pourtant, au cours des quinze dernières années, plusieurs auteurs boliviens sont parvenus à rayonner sur la scène internationale. Ils ont même consolidé l’idée d’une littérature nationale, en s’établissant comme références littéraires du pays. Mais cette démarche est progressive, et prendra encore du temps, pour sortir totalement de son cercle vicieux...

 

(via Los Tiempos)