Book Fair : Londres terrain de propagande à la Chine communiste

Clément Solym - 17.04.2012

Edition - International - Foire du livre de Londres - Chine - protestations


C'était redouté, prévisible... et cela vient d'arriver. La Foire du livre de Londres accueille cette année la Chine, avec un vent de polémique venu de l'Empire du Milieu. De nombreux auteurs chinois ont certes été invités, mais le choix des intervenants a provoqué la colère d'organisations et d'auteurs défendant la liberté d'expression et les droits de l'Homme. 

 

« Pour s'assurer que leur pays invité d'honneur soit satisfait, il [Le Festival, NdR] s'est autocensuré et n'a pas insisté pour que des auteurs désapprouvés par le gouvernement soient présents, bien que sans eux on ne puisse comprendre la littérature chinoise dans son ensemble », expliquait Bei Ling, poète chinois en exil. (voir notre actualitté)

 

Les critères livrés par le Gapp, General Administration of Press and Publication, coorganisateur du salon et agence responsable des publications en Chine, sont clairs : 

  •  L'écrivain ne doit pas être considéré comme un dissident, qui critique ouvertement le gouvernement et le système politique
  •  L'écrivain ne doit pas parler de sujets interdits par le parti communiste, tels que le massacre de Tian An Men.

Une censure qui est assez mal vécue, et s'est manifestée par une protestation d'écrivains dissidents, qui hier ont accusé le Conseil britannique de servir la soupe à la Chine, nation qui continue de persécuter les auteurs et emprisonner les opposants. 

 

 

 

Le responsable de la délégation chinoise, Liu Binjie, a été dénoncé comme le « censeur chinois en chef », et surtout, est tenu pour responsable de l'emprisonnement de Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la Paix. Durant festival, Ma Jian, le visage recouvert de peinture rouge, explique : « Aucun écrivain chinois ne jouit d'une quelconque liberté de parole. Quand vous découvrez 180 éditeurs chinois ici, cela peut s'apparenter à une grande variété, mais en réalité, ils proviennent tous du parti communiste chinois. »

 

Et d'ajouter, à l'occasion d'une conférence de presse improvisée, qu'inviter la Chine dans ces conditions « déshonore les valeurs qui ont rendu la civilisation occidentale forte ». « Cette Foire offre au parti communiste une scène où elle peut diffuser son spectacle de propagande. »

 

À ses côtés, l'écrivain Tienchi Martin-Liao, président du centre PEN chinois, qui milite pour la liberté d'expression, s'indigne. « Nous faisons entendre notre voix pour protester contre la coopération de la Foire du livre avec Gapp, qui est responsable de l'emprisonnement et de la torture de nos confrères. » Les manifestants présents ont pu interroger, appuyant là où ça fait mal : où sont Gao Xingjian, prix Nobel de Littérature, ou encore Yang Lian, poète chinois dissident ? Qui sont ces auteurs qui affichent une mine réjouie et lisse ?

 

De son côté, le British Council continue de se défendre : « Nous croyons que l'engagement est crucial pour la réussite des relations culturelles entre la Grande-Bretagne et la Chine. » Mais jamais, ô grand jamais, il n'y a eu de liste validée des auteurs acceptés. Ceux qui ont été invités sont représentatifs de la diversité littéraire chinoise. 

 

Qi Jiazhen a passé 13 années dans un camp de travail chinois. Pour lui, cette invitation est une vaste hypocrisie. « Le British Council sait très bien que la Chine est un pays dictatorial, qui prive les auteurs de leurs droits. Cette invitation est honteuse pour la Grande-Bretagne, qui était autrefois connue comme le berceau des libertés démocratiques et des droits de l'Homme. »

 

Cette manifestation, clairement isolée, s'est déroulée devant le China Market Focus, affichant toutefois de grandes pancartes «Stop literacy persecution». Robert Sharp, directeur du PEN anglais a assisté à la scène : « Nous sommes déçus de ce que l'ampleur et la grandeur de la littérature chinoise ne soient pas représentées à la Foire du livre. »

 

Une autre manière de dire combien la censure est forte...