Bookshots, de James Patterson : une collection de livres courts et percutants

Clément Solym - 08.06.2016

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Le bienfaiteur des librairies et des bibliothèques anglo-saxonnes, auteur de best-seller dont une seule page dédicacée suffirait à financer une campagne présidentielle, James Patterson a tout vu. Raison pour laquelle il compte apprendre au public à lire différemment, et réinventer la manière dont les lecteurs s’approprient les histoires. Avec Bookshots, il dégaine une offre de 100 livres, vendus 4,99 $, à 150 pages pièce. Dans le mille ?

 

Publicité britannique pour la collection de James Patterson

 

 

C’est un pari de luxe, que l’éditeur Little, Brown vient de tenter avec l'auteur : la filiale du groupe Hachette dévoile ainsi une nouvelle collection, Bookshots, pilotée par James Patterson lui-même. Des livres en format poche, compact, et conçus pour être lus d’une traite. On y retrouve le personnage phare du romancier, Alex Cross, qui inaugure la collection avec un premier titre – et un tirage de 500.000 exemplaires. 

 

Patterson est auteur de près de 160 livres avec plus de 325 millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Pour le faire simplement, l’an passé, son éditeur explique qu’un roman sur 21 qui se vendait sur le territoire américain était signé Patterson. Et l’on estime ses revenus annuels à 89 millions $...

 

Son approche avec BookShots est de donner des livres qui « correspondent beaucoup plus à la vie des gens aujourd’hui ». Format court, incisif, et intrigue rapide... Bref, le livre devient en partie le reflet d’une société plus axée sur le zapping. 

 

Sur le modèle de séries télévisées, les livres deviendront des épisodes, de lecture rapide. « Nous ne disposons plus du temps comme nous en avions auparavant : l’idée d’un livre de 400 pages, pour beaucoup de personnes, c’est trop. [...] J’ai un fils de 18 ans, et il veut des biographies de 600 pages, qui n’en feraient que 200. Il souhaite simplement savoir ce qui est au centre du livre. Voici donc des livres que vous pouvez terminer et aller ensuite au boulot. Je pense que c’est plutôt satisfaisant. »

 

"L'industrie du livre n'innove pas !"

 

Avec sa première fournée, Patterson espère toucher cette génération plus jeune de lecteurs en leur proposant de nouvelles sources de lectures. Selon le romancier, on assisterait à la plus grande révolution dans l’édition de livres depuis l’apparition du livre de poche, avant la Seconde Guerre mondiale. « Si c'est un succès, alors nous en trouverons même dans les pharmacies », plaisante-t-il. 

 

Raccourcir le nombre de pages, réduire le temps de lecture, aller à l’essentiel... bien entendu, tous les livres ne peuvent pas répondre à ces trois impératifs. Mais pour Patterson, l’idée est solide. « Il n’y a rien d’impie à ne pas faire des livres de 450 pages », pointe-t-il.

 

C’est au cours de l’année passée qu’il s’est lancé dans la rédaction de ces titres – en réalité, il en a plutôt supervisé la rédaction. De nombreux coauteurs ont été sollicités pour arriver à ce tour de force : il leur fournissait des trames, des passages, des séquences, et charge à eux de se plonger dans l’écriture pour trouver le fil narratif parfait. L’astuce ? « J’ai supprimé le surplus gras des romans commerciaux. Dans un très grand nombre de romans, il y a bien plus que nécessaire. »

 

Et une fois ces livres réalisés, le constat s’impose : « L’industrie du livre n’innove pas. C’est un peu étrange, face à ce monde où tout se modifie toutes les 10 minutes. » Moralité, on aboutit à des textes extrêmement resserrés, et percutants. En tout cas, c’est lui qui l’assure. 

 

Derrière la petite phrase de bashing, surtout provocatrice – Patterson fut l’un des premiers à défendre l’éditeur Hachette dans le conflit contre Amazon – le romancier n’invente pas non plus de l’exceptionnel. Des récits courts, plusieurs structures l’ont tenté, mais aucune ne s’appelait James Patterson, voilà probablement la plus grande différence.

 

Or, ce qui devrait inquiéter l’ensemble de l’édition, c’est qu’avec l’armée de coauteurs dont il dispose, et le nombre d’histoires qu’il affirme avoir encore à l’esprit, même mort, Patterson pourrait écrire encore...

 

via Washington Post