Bookstagram : ces robots qui faussent les coulisses d'Instagram

Nicolas Gary - 29.10.2019

Edition - Société - bookstagram infuenceurs - compte abonnés réseaux - réseau social Instagram


Il y eut les blogueurs, véritable El Dorado pour la communication des maisons d’édition. Mais la mode passa — encore qu’entretenue ici ou là — et lui succédèrent alors d’autres outils de diffusion : nous étions entrés dans l’ère des influenceurs. À leur service, des réseaux sociaux connus, Facebook, Twitter, ou des outils pas encore pleinement identifiés comme tels — YouTube. Et puis, Instagram perça.


“Oups, I did it again !” - pixabay licence
 

Le réseau initié en 2010 devint propriété de Facebook pour quelque 300 millions $ en août 2012 — le tout pour une valeur de 747 millions $ alors. Et fort logiquement, des communautés ont pris forme au sein de l’outil, jusqu’à aboutir au Bookstagrammeurs — de fait, principalement des Bookstagrammeuses. 

Le mot-valise calqué sur celui de BookTuber faisait fureur : un nouveau relai de communication voyait le jour, avec des prescripteurs revendiquant de pouvoir toucher un autre public. Une critique littéraire 2.0, dont certains affirmaient d’ailleurs faire profession – ainsi que nous l’expliquait Livreur de mot, le compte de François Coune, voilà près d’un an.

Une manne pour les services de presse, en manque de visibilité pour leurs titres, et qui allaient participer également à pallier les restrictions d’espace dont la presse traditionnelle est victime. Pour autant, nous explique Thierry Crouzet, l’ampleur prise par le réseau ne saurait dissimuler quelques astuces offrant à un compte de quoi prendre de l’ampleur — à l’image de ces astuces pratiquées sur Twitter, et déjà décortiquées par le romancier en septembre… 2009.
 

Insta : une storie, des scories


Lui qui s’était aventuré à la production d’un roman sur Insta en 2016, découvre avec stupeur l’ampleur prise par le phénomène Instagram. Et de tomber sur « des comptes avec des dizaines de milliers d’abonnés, récoltants des centaines de likes pour le moindre post, des comptes courtisés par les auteurs comme les éditeurs ».

Décidé à en comprendre les rouages, le voici qui se lance dans un compte factice pour saisir le fonctionnement de cet outil devenu si populaire. Et l’on ne parle pas même ici de sponsoring pour des publications : juste de robots qui servent une cause, recruter en masse. Certains permettent d’automatiser les Like sur des posts, dans une limite de 1000 par jour — épatant ! Mais certainement pas humain. 

« Pour mieux comprendre ce qui se passait, j’ai programmé un robot qui repostait sur mon compte bidon les images les plus populaires des bookgrameuses. Tout de suite, j’ai récolté plus de likes que sur mon Instagram personnel, j’ai vu des gens me suivre automatiquement, puis se désinscrire quand je ne les suivais pas. »

En effet, la base du recrutement consiste à suivre des comptes, en attendant d’eux qu’ils suivent en retour. Il suffisait ensuite de prendre la mesure des hashtags nécessaires pour être repéré — et servir ses intérêts. Engagez-les, qu’ils disaient, engagez-les…

pixabay licence

 
Première conclusion : « Sur Instagram, pour connaître le succès, il faut certes publier des contenus de qualités, mais aussi souvent utiliser des robots si on veut étendre sa communauté au-delà d’une masse critique de quelques milliers d’abonnés. Quelle est alors la valeur d’une telle communauté artificiellement boostée ? » 
 

Les paroles s'envolent, les fans restent ? (ou ventilent...)


Comme c’était déjà le cas avec Facebook, quand des comptes pratiquaient l’achat de Like et de Fans, le nombre d’abonnés est souvent discrédité par le taux d’engagement — autrement dit, les interactions avec les parutions. « D’une manière générale, le taux d’engagement baisse avec la taille de la communauté, ce qui est logique, puisque les gros comptes attirent les suiveurs comme les lampadaires les insectes et il est bien connu que les insectes commentent peu », analyse Thierry Crouzet.

Seconde conclusion : toute la communauté des Bookstagrammeurs n’utilise pas forcément des robots. Cependant « certains oui, mais sans abus. Tout n’est donc pas bidonné ». 

On pourra découvrir toute son analyse et le parcours effectué, “Instagram, arnaque ou pas” — il s’est en effet lancé dans une observation des comptes éditeurs et libraires. Pour autant, et sans verser dans une dépression numérique, son approche reste saine.

« Pour la santé d’internet, et surtout des réseaux sociaux, il faudrait que les scores disparaissent. Exit les nombres de likes ou de partages, d’abonnés ou d’abonnements. Ne publier que le travail. C’est un vœu aussi pieux qu’une société sans argent, les scores étant la monnaie du Net (et ce qui incite les éditeurs à envoyer des services de presse, par exemple). »

Popularité et engagements sont le mètre étalon depuis bien longtemps sur les réseaux : l’important reste donc de ne pas se laisser abuser. 


Dossier : Lecteurs, communauté et réseaux sociaux : promouvoir le livre


Commentaires
Visiblement Monsieur Crouzet ne sait pas que plus le compte Instagram est gros (beaucoup d'abonnés) plus le taux d'engagement (nb d'interactions/nb d'abonnés * 100) diminue... Mais oui, effectivement on peut payer pour avoir des abonnés ou des likes, cependant Bookstagram c'est pas non plus la thématique qui attire en masse les followers (contrairement à la beauté, sport, voyage, food, etc...)
« D’une manière générale, le taux d’engagement baisse avec la taille de la communauté, ce qui est logique, puisque les gros comptes attirent les suiveurs comme les lampadaires les insectes et il est bien connu que les insectes commentent peu », analyse Thierry Crouzet.



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