Bordel de merde, les livres d'aujourd'hui sont plus grossiers qu'avant

Bouder Robin - 10.08.2017

Edition - Société - gros mots littérature - évolution écriture - étude littérature américaine


Les livres de nos jours, ce n'est plus ce que c'était... Et comme le diraient certainement vos grands-parents : « De mon temps, jamais on n'aurait trouvé un seul mot irrespectueux dans un roman ! » Mais les temps changent, comme le montre une étude menée sur la présence de mots grossiers dans la littérature américaine au fil des années. Et les résultats sont, selon le point de vue adopté, inquiétants ou encourageants...


From the Go Help Yer Effing Self Book Section

Color Me F*cking Calm, Hannah Caner (photo Alan Levine)


 

L'étude, menée par Jean Twenge, auteure et professeure de psychologie à l'université d'État de San Diego, se basait sur 1 million de livres, parus entre 1950 et 2008. Un logiciel spécialisé s'est chargé de comptabiliser le nombre de fois où apparaissait chacun des « sept mots que vous ne pourrez jamais prononcer à la télévision » (dixit l'acteur George Carlin en 1972) dans les livres analysés.

 

Conclusion : les auteurs se sont lâchés ces dernières années, particulièrement de 2005 à 2008, où les livres comptent 28 fois plus de gros mots que dans les années 1950. Et ce n'est qu'une moyenne pris sur tous les mots en question ; le mot « motherfucker » (a priori, la traduction n'est pas nécessaire) est apparu à lui seul 678 fois plus souvent au milieu des années 2000 que 60 ans auparavant ; 69 fois plus pour « shit » et 168 fois pour « fuck ».

Quant aux 4 autres mots, « piss », « cunt », « cocksucker » et « tits », la croissance est moins flagrante, que les esprits outrés se rassurent.

 

Une liberalisation de l'expression personnelle ?
 

Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'étude, parue dans le journal Sage OPEN, offre un point de vue positif sur les résultats de l'expérience : « La culture américaine valorise de plus en plus l'expression individuelle et de moins en moins les tabous sociaux, ce que montre l'utilisation croissante de gros mots. »

 

« Je pense qu'il vaut mieux le voir d'un point de vue culturel, plutôt que de dire si c'est bien ou mal », juge Twenge. La professeure explique que les gros mots permettent aux auteurs d'exprimer plus facilement les émotions de leurs personnages, en particulier la colère, à une époque où la culture de l'accomplissement personnel prend une place toujours plus importante aux États-Unis.

 

En tous les cas, ne vous en déplaise, même les auteurs récompensés se mettent à la page : Paul Beatty, auteur de Moi contre les États-Unis d'Amérique, s'est mis à dos toute une flopée de lecteurs en utilisant le mot « fuck » à 80 reprises dans son roman ; au contraire, Jenni Fagan, auteure de La Sauvage, a été acclamée pour son roman, qui a montré selon les critiques de The Guardian que jurer dans un livre peut enrichir la littérature.
 

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« Peut-être que ça nous aidera à ne plus voir la littérature comme une culture élitiste, étrangère à la vérité, la pluralité et la diversité de la vraie vie », explique-t-elle. « Au début du XVIIIe siècle, les romans étaient vus comme amoraux et indignes de confiance. Ils ont dû faire leurs preuves en tant que guides moraux, en quelque sorte. Depuis, l'art a évolué. Dans la vie, on jure. Si ça colle au caractère du personnage d'un roman, évidemment que ça devrait apparaître. »


Louis-Ferdinand Céline avait pourtant sonné le tocsin : « Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l’air de rien les mots, pas l’air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu’ils arrivent par l’oreille par l’énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d’eux des mots et le malheur arrive. »
 

L'étude complète peut être retrouvée à cette adresse. Alors, faut-il se réjouir ou s'indigner de cette prise de liberté de plus en plus assumée ? On vous laissera vous faire votre propre opinion sur cette fucking question.

Via The Guardian