Boris Akounine évoque la Russie de Poutine et celle de demain

Julien Helmlinger - 28.10.2014

Edition - International - Boris Akounine - Vladimir Poutine - Russie


En marge du festival Joseph Conrad, qui se tient à Cracovie en Pologne, nommé en l'honneur de l'écrivain britannique d'origine polonaise, Boris Akounine se confiait à l'AFP quant à la Russie, celle de Vladimir Poutine mais aussi celle d'après. Pour l'homme de lettres né en Géorgie, le système politique du « poutinisme » ne tiendra « pas longtemps ». Se définissant lui-même comme « pessimiste à court terme, mais optimiste à moyen terme », l'historien redoute notamment que « le prix qu'il faudra payer pour changer de régime sera élevé ».

 

Official visit of Prime Minister of the Russian Federation

Russian Federation by UN Geneva, CC BY NC ND 2.0

 

 

L'écrivain Boris Akounine est notamment célèbre pour les aventures du détective Eraste Fandorine, à la croisée de James Bond et Sherlock Holmes, qui évolue dans la Russie des tsars d'avant les révolutions de 1917. Son verdict quant à la politique de Vladimir Poutine est sans appel. « Il est hors de doute que ce régime s'en ira, tout simplement parce qu'il est extraordinairement inefficace, c'est un anachronisme historique. »

 

Lui-même a publié deux volumes de son histoire de la Russie, en attendant les six qui devraient suivre. Interrogé à propos de l'efficacité apparente de l'influence russe en Ukraine, l'auteur admet n'être que peu au courant de la situation. Il pense toutefois que l'implication du pays hors de ses frontières risque de contribuer malgré elle à la consolidation de la nation ukrainienne. Selon lui, le problème principal de cette dernière serait « le même qu'en Russie : la corruption ».

 

Son avis d'historien est que la mentalité russe du moment s'expliquerait par des causes anciennes. Il explique : « Cela va jusqu'à la Horde d'Or. L'État russe d'aujourd'hui est héritier de l'empire de Tchinguiz-Khan bien plus que de Byzance. [...] Ce n'est ni bien ni mal, dans certaines situations cela présente des avantages. L'empire est sacralisé, le pouvoir est sacralisé, la vie des hommes n'obéit pas à la loi, mais aux ordres. »

 

À ses yeux la nation russe est désormais conduite par une « aristocratie », un groupe de puissants qui règlent leurs soucis en faisant arrêter ceux qui les gênent, en somme. Boris Akounie précise sa vision, celle d'un pouvoir assis sur trois groupes sociaux : police, oligarques alliés au Kremlin, et autres fonctionnaires corrompus.

 

Une opposition pour l'heure réduite au silence

 

Pour justifier les sondages allant dans le sens d'une grande popularité de Vladimir Poutine, l'écrivain estime que ces chiffres seraient plutôt représentatifs du désintérêt d'une majorité de Russes quant à la question politique. Ils répondraient dans le sens du Kremlin, surtout pour être en paix.

 

Akounine a quant à lui participé à des manifestations anti-Poutine, à Moscou, et s'indigne du sort réservé à l'opposant Alexeï Navalny, avocat et homme politique.

 

Alors que celui-ci a été emprisonné pendant six mois, accusé de détournement de fonds « à la suite d'une affaire entièrement fabriquée », l'écrivain pointe l'implication d'une entreprise française dans cette histoire. Il accuse : « C'est une honte que la société Yves Rocher (victime supposée de ce détournement — NDR) ait marché dans cette histoire. La France est une démocratie, mais le marché russe est important pour Yves Rocher. »

 

Des accusations qu'un porte-parole de la filiale russe du groupe français a démenties à l'AFP. Celui-ci affirmait notamment que la société Yves Rocher n'était pas à l'initiative du procès, ajoutant qu'il s'agissait des autorités russes.