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Boris Akounine veut quitter "l'aveuglement" de "la Russie de Poutine "

Louis Mallié - 03.09.2014

Edition - International - Boris Akounine - Exil - Poutine


Voilà six mois, l'écrivain russe Boris Akounine s'opposait publiquement à une éventuelle intervention russe en Ukraine. L'eau a passé sous les ponts, et les paroles n'y ont pas changé grand-chose. Aussi l'auteur a-t-il annoncé vouloir à présent passer la plupart de son temps loin de « la Russie de Poutine », et de « l'aveuglement, la bêtise, et l'indifférence. »

 

Boris Akunin

A.Savin, CC BY-SA 2.0

 

« Je regarde les gens, j'écoute des bribes de conversations [...] et je suis horrifié. Ils ne voient pas, ils ne veulent pas savoir, ils ne pensent pas. Ce n'est pas leur faute. Les gens ont leurs vies, leurs soucis quotidiens. Mais l'aveuglement, la bêtise et l'indifférence dans ces moments d'histoire se paient cher. Mon pays va au-devant de dures épreuves. Sans doute plus dures encore que ce qui se passe en ce moment en Ukraine », raconte l'écrivain sur son blog.

 

Connu pour être le père de la série policière Éraste Petrovitch Fandorine, puis pour avoir sorti son propre lecteur ebook, l'auteur dit n'avoir plus « aucun point commun avec la Russie de Poutine. » Une opposition qui remonte à loin, touchant jusqu'au statut d'écrivain du russe d'origine géorgienne : en 2013 Boris Akounine avait ainsi refusé d'assister à une vaste réunion sur l'avenir du livre avec Poutine. Mais aujourd'hui, c'est avec le pays tout entier que Boris Akounine ne s'entend plus.

 

« Il m'est devenu difficile d'être ici dans cette période d'égarement collectif. Pour cela, même si je n'ai pas l'intention d'émigrer, je vais sans doute passer la plupart de mon temps en dehors du pays. Un homme sobre n'est pas à l'aise sous le même toit que des hommes ivres. » 

 

Vivant déjà beaucoup de temps à l'étranger — en France notamment — l'auteur n'émigrera donc pas totalement. . « Je reviendrais régulièrement en visite, pour voir si l'ivresse prend fin. Je ferai toujours partie de ce qu'on appelle “la Russie”, au sens où l'expatriation est impossible. La Russie, qui fait aussi partie de moi, ne s'en ira pas non plus ». (via Libération)