Bouquinistes, libraires d'occasion : l'autre marché de la librairie qui séduit

Auteur invité - 08.11.2019

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Le marché du livre de l’occasion est en plein développement, car éclaté de toutes parts, attirant les lecteurs par ses prix attractifs. D’autant qu’il est largement présent sur internet ou chacun peut revendre ses livres sur tous types de plateformes. Au milieu de ça, nos chères librairies doivent vivre. Une petite partie d’entre-elles, librairies d’occasions « pures » / bouquinistes y arrivent encore (et même vraiment bien), et cela grâce à certains facteurs d’attractivité qui sont chez eux exacerbés. À travers, notamment, l’exemple de la librairie de Cluny (presque en face de la Sorbonne), tentons de les mettre en lumière. 

Livres d'occasion - Boulignier Paris
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
L’inclinaison des consommateurs vers l’occasion est réelle. Le marché se développe, chez les acteurs numériques comme physiques.Comment définir l’attractivité (la « capacité d’une enseigne à attirer les acheteurs ») des librairies d’occasion ? Retenons certains critères utilisés par les clients : la proximité, de temps et d’argent disponible, l’habitude de lecture, la défense des commerces de proximité, la qualité du lieu de vente.

Le témoignage de Frédéric Bieber (Librairie de Cluny) sur France Culture au micro de Charles Dantzig (26 mars 2017), nous servira de fil conducteur. 

La première question que l’on posa à F. Bieber, c’était l’emplacement : « Ma librairie se trouve entre la Sorbonne et Gibert. Je n’ai pas été très courageux dans le choix de l’emplacement. » Il a conscience d’être « bien placé », au milieu de passionnés du livre, à tel point qu’il laissa en retrait la part de ventes qu’il réservait à internet. Jean-Marie Ozanne, créant sa première librairie à Montreuil en 1981, parlait du problème d’attractivité de la ville : « l’ennemi du libraire, c’est l’isolement». 

Pourtant la concurrence ne manque pas : le quartier des écoles à Paris est le plus pourvu en librairies de France, car la clientèle universitaire est très présente et active. Les librairies d’occasion du quartier ont leur assise, au milieu de toutes les autres sortes de librairies... et pourtant toutes vivent. L’emplacement est roi pour une librairie, faut-il seulement le rappeler ? 
 

Evidemment... le prix : 


Des petits prix, car la librairie ne perçoit pas 35 ou 40 % du prix du livre, mais 100 % : 100 % (...) d’un prix extrêmement minoré (C. D). La possibilité de profiter de « boulettes » : des erreurs d’inattention sur la valeur du livre (une dédicace passée inaperçue...) : mais qui devient une très bonne publicité : la rumeur court, et l’on tente d’y faire à son tour des « chopins » (très bonne affaire) ; même si internet limita ces erreurs... 
     
Le public de l’occasion plutôt jeune, diplômé, parent, en forme financièrement : il veut faire des économies ET se faire plaisir. Ces libraires proposent des classiques des sciences humaines et sociales, des livres plus spécialisés de portée universitaire à prix très concurrentiel, dans un secteur ralenti à cause de sa surspécialisation.
 

La chasse au trésor 


Richard Dubois (Gibert Joseph) et Jean-Michel Blanc (Librairies Ensemble) le confient : « Il serait vain de chercher à concurrencer la bouquinerie, qui attire une clientèle captive de chineurs » (une différenciation bouquinistes/libraires assez douteuse...). « Celui qui ne cherche rien est finalement mon cœur de cible, car il va le trouver au final », soulignait Frédéric Bieber. 

La « qualité de l’expérience vécue en magasin » est déterminante. Ici, c’est la « chasse au trésor » : les étals extérieurs de petits prix sont un premier jalon (prix attractif, offre qualitative et quantitative, facilité d’accès en restant symboliquement « libre » dehors) pour débuter cette quête. À l’intérieur, deux tables : sont disposés en fracas ce que les cartons fraîchement (déc)ouverts ont à offrir. 
 

La fidélité 


Frédéric Bieber poursuit : « J’ai des clients qui sont devenus de véritables amis, dont certains que j’essaye de freiner sur leurs achats. » Et les lecteurs lui donneraient raison : « 75 % des clients se considèrent fidèles à leur librairie », révélait une récente étude. 

L’occasion est évoquée en premier pour fidéliser et rassembler les différentes problématiques « marketing » des librairies. Le guide pratique du SLF est partagé partout, dans le but de « renforcer leur attractivité, élargir et fidéliser leur clientèle, améliorer leur marge (...) diversifier leur offre ». 

Beaucoup organisent des animations pour séduire : ici, difficile d’inviter St Exupéry en dédicace ou Platon pour un débat malgré les recommandations du Ministère/CNL encourageant ces actions : l’offre n’est pas la même. Elle correspond au cadre intellectuel du quartier : les SHS, segment stable, l’est d’autant plus avec ce public spécifique tout autour : les intérêts sont partagés. 

Quatre mois après cette interview le 27 juin 2017 est signée la « Charte du Livre », où des mesures voulaient distinguer de manière plus stricte la distinction entre livres neufs et d’occasion, afin d’empêcher certains revendeurs d’abuser de la mention de « livre neuf » et de brouiller les pistes de lecture de vente. La mesure est capitale, même si elle concerne moins ce type de points de vente aux méthodes plus « traditionnelles ». 
 
par Ismael Loubatieres



Dossier - L'attractivité des librairies, malgré Amazon ou Netflix


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