Bouquinistes sur les quais de Seine, made in China

Clément Solym - 11.09.2010

Edition - Société - bouquiniste - paris - tourisme


Le bouquiniste parisien est aux quais de Paris, ce que la tour Eiffel est au tourisme : un incontournable. Pourtant, les 216 petites boîtes qui s'ouvrent au rythme nonchalant de leurs propriétaires, comme des fleurs... passablement polluées.

La sonnette d'alarme a été tirée voilà bien longtemps : en novembre 2008, nous évoquions déjà la recrudescence de tours Eiffel en plastiques qui viennent nuire « au paysage culturel français », comme le disait déjà la Ville de Paris. Ils étaient alors près de 240 à vendre des livres ou des vinyles, mais déjà ces petites babioles pour touristes.

Les temps changent cependant, et aux tours se sont ajoutés des aimants peu aimables, qui prolifèrent et irritent passablement la Mairie. Laquelle rappelle dans un geste magnanime que seule une des quatre cases des bouquinistes peut être consacrée à la vente de souvenirs. Évidemment, les bouquinistes pestent : impossible de gagner sa vie uniquement avec des livres, quand les ventes moyennes baissent de plus en plus.


Quai de Montebello

Car le règlement, c'est le règlement, et surtout, il date d'octobre 1993, avec des ajouts successifs : d'abord, il faut quatre jours d'ouverture hebdomadaire, les boîtes doivent être parfaitement entretenues - et toujours de la couleur vert wagon - et surtout :
Accessoirement, à l’intérieur d’une seule boîte, la vente de monnaies, médailles, timbres-poste, objets de petite brocante, cartes postales et souvenirs de Paris et de certains supports de communication et de diffusion culturels de techniques anciennes, pourra être autorisée, à l’exclusion de tous articles de friperie, de vieilles ferrailles et, en général, d’objets ne présentant aucun intérêt artistique.
Dont acte.

Interrogé par Reuteurs, l'adjointe au maire, Lyne Cohen-Solal estiment qu'il est trop facile de vendre qui plus est des souvenirs made in China : « S'ils veulent vendre des souvenirs, ils ont tout à fait le droit de louer une boutique. Mais s'ils veulent être bouquinistes, ils doivent respecter le règlement. » Et d'ajouter : « Les bouquinistes sont une partie de l'héritage culturel et commercial de Paris, et un des trésors de la ville. Il est donc normal que nous voulions contribuer à les protéger. »

Et le respect nom de nom

Attendu que les bouquinistes ne payent pas de loyer ni de redevance pour leur emplacement, se conformer au règlement en vigueur paraît donc être la moindre des choses. Quand bien même ils ne vendraient pas grand-chose, ces commerces sont des attractions touristiques avant tout, et des faveurs accordées par la mairie. « Nous invitons désormais ces bouquinistes, qui sont une minorité, à respecter le règlement auquel ils sont soumis, quitte à dresser des procès-verbaux, voire à pratiquer des expulsions. Pour vendre du souvenir, ils peuvent aller louer une boutique ailleurs », conclut Mme Coehn-Solal.

Si pour autant il devient nécessaire d'adjoindre des objets tiers dans leurs boîtes, c'est avant tout pour gagner un peu plus d'argent. Mais hors de question de défigurer les quais de Seine pour ce faire.