Boycotter Amazon, pour éviter une société type 'Le meilleur des mondes'

Nicolas Gary - 15.03.2013

Edition - International - Günter Wallraff - boycott - Amazon


C'est l'une des plus grandes figures du journalisme allemand d'investigation : Günter Wallraff, interrogé par nos confrères du Buchreport, n'a pas mâché ses mots, la semaine passée, en lançant un appel officiel à boycotter le cybermarchand américain. Son dernier ouvrage, que l'on ne trouvera d'ailleurs pas chez Amazon, est à l'image de son cri de colère...

 

 

Encuentro con Günter Wallraff 04

 Günter Wallraff

DONOSTIA KULTURA, (CC BY-SA 2.0)

 

 

Acceptant, à 70 ans, d'avoir « quelques lacunes » pour ce qui concerne internet, le journaliste évoque cependant « une véritable prise de conscience », quand on parle d'Amazon. Et suite au reportage qui a mis le feu aux poudres outre-Rhin, il a pris ses renseignements, sur la firme américaine, et demandé à son éditeur de retirer tous ses ouvrages des cybertables. 

 

Mais ce ne sont pas les seules conditions de travail des salariés d'Amazon qui lui posent problème : il faut également se rendre compte de l'ensemble des menaces qui pèsent sur le commerce du livre, ainsi que le monopole qui « menace notre diversité culturelle ».

 

Selon lui, « chaque individu est en mesure de changer quelque chose dans le système. Je lance l'appel suivant pour les consommateurs : allez dans les librairies qui proposent le livre le lendemain de la commande ». Ne pas chercher le pas cher à tout crin, ni le plus vite en permanence. Ne pas hâter cette marche vers une société qui ferait penser de plus en plus à Brave New World de Huxley - et dont personne n'a jamais voulu.

 

Son éditeur s'est prêté au jeu du boycott d'Amazon, et a accepté, contre les intérêts financiers que cela représente, de faire ce que son auteur lui a demandé. Mais Günter Wallraff sait qu'il n'a pas plus de pouvoir que cela, à son propre niveau. Ce boycott personnel, c'est un moyen pour entretenir une pression publique sur Amazon, et dénoncer l'exploitation globale. 

 

Si le public peut apprendre à prendre ses distances avec Amazon, alors peut-être que la situation peut changer...  

 

Contactées par ActuaLitté, les éditions de La Découverte, qui publient les livres du journaliste, nous expliquent n'avoir pas encore reçu de demande de la part du journaliste. « Pour le moment, nous n'avons eu aucun contact avec lui à ce sujet. C'est un homme très vindicatif, et c'est pour cela que nous l'apprécions beaucoup. En avril, nous ressortirons Tête de turc, l'expérience que le journaliste avait menée en vivant durant deux années comme un Turc dans le pays. »

 

Maintenant, si l'auteur faisait cette demande de retrait, on ignore, dans la maison, si la légalité de cette demande ne poserait pas un léger problème...