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BPI : désaccords sur le projet d'établissement 'Lire le monde'

Clément Solym - 09.09.2011

Edition - Bibliothèques - BPI - monde - bazin


Le projet d’établissement « Lire le monde » de la BPI divise la direction et les organisations syndicales. Ces dernières rejettent majoritairement le projet, selon le site bibliothèquesenlutte.com et demandent au Ministère de la Culture un moratoire sur la mise en place de la réorganisation des services de l’établissement.


Alors que la BPI constate un décrochage progressif du public depuis une dizaine d’années, le projet Lire le monde prévoit un réaménagement de l’espace de la BPI. Il est motivé par deux objectifs principaux : maintenir, voire augmenter la fréquentation de la BPI et diversifier son public. Son concept s’articule autour du rapport entre les contenus et services offerts par la BPI avec l’actualité, ainsi que la compréhension et le décryptage du monde.

Programmation budgétaire

Selon le directeur de la BPI, Patrick Bazin, la mise en place du projet d'établisssement se ferait sur environ trois ans, et après un premier appel d'offre pour la maîtrise d’œuvre du projet d'ici à la fin de l'année, les travaux débuteraient vers fin 2012.

Un programme encore trop incertain pour les organisations syndicales qui dénoncent une méthodologie défaillante privilégiant une réorganisation de l’organigramme sans programmation budgétaire précise, alors que la BPI est durement touchée par les effets de la révision générale des politiques publiques (RGPP), ayant provoqué le départ de 15 membres du personnel en 2011.

Yannick Henrio, magasinier au service reliure de la BPI et syndiqué FSU, explique que, suite à une réunion avec le Ministère mardi dernier, ce dernier leur a affirmé que le budget prévu serait uniquement pour les études de l’organisation de l’espace en 2012, sans aucune garantie ni budget prévisionnel réel.

«Nous n’étions pas contre ce projet. Ce qui nous a étonné est qu’il arrive comme par hasard avec la diminution des effectifs due à la RGPP. Nous espérions surtout récupérer des espaces, or la direction à commencé par une réorganisation de l’organigramme. Il y a des gens inscrits dans des services qui n’existent pas encore, comment voulez-vous qu’on s’organise par rapport à ça ?», explique Yannick Henrio.

Mésentente et désaccords

Depuis octobre 2010, des travaux de réflexions et séminaires s’organisent entre la direction et les employés de la BPI. Dans un questionnaire daté du 30 août interrogeant 168 membres du personnel sur 244 employés au total : 71% des interrogés ont répondu « non » à la question : Avez-vous confiance dans ce projet pour faire émerger une bibliothèque améliorée ?

Selon les syndicats, Patrick Bazin n’aurait pas tenu compte des résultats de ce questionnaire, en précisant dans une lettre interne que ceux n’y ayant pas répondu le soutenaient. Ce qu'il a par la suite démenti : « Je n'ai jamais dit ça. De plus, c’est un projet de l’établissement il ne s’agit pas de soutien personnel » précise-t-il, « les personnes étant globalement contre représentent une minorité et nous serons amenés à retravailler sur les remarques des différents agents ».

Rayonnage et collections

Les organisations syndicales déplorent également la réduction des collections et des espaces de travail prévus. Patrick Bazin a cependant expliqué que la BPI n’était pas une bibliothèque de conservation, telle que la BNF. Ainsi « le projet d’établissement ne prévoit pas de diminution de rayonnage du livre, mais il y aura une baisse du nombre de livres allant de 5 à 10%, car nous voulons éclaircir les rayonnages qui sont actuellement surchargés et difficile d’accès. »

« On m'a accusé de réduire les collections pour remplacer le livre papier par le numérique », révèle Patrick Bazin, « le projet n'est pas de remplacer les livres par des ebooks, mais de les valoriser au sens traditionnel, à condition d'utiliser aussi le numérique. » Pour Yannick Henrio, le problème du numérique réside dans son coût : « Nous n’avons pas les moyens. », affirme-t-il.

Les livres seraient changés selon leur obsolescence, leur état physique et leur pertinence par rapport au publique selon le directeur de la BPI. Ce que le magasinier interprète comme un changement des contenus « pour se diriger vers le livre pratique, plus populaire  mais il n’y a pas d’autres bibliothèques en région parisienne qui proposent des documents spécialisés comme nous le faisons, et nous risquons de perdre une partie de notre public, qui sera difficile à récupérer. » 


Espace de travail

Quant à la diminution des espaces de travail, le directeur de la BPI a confirmé que les salles de lectures seraient réaménagées, avec moins de chaises et de tables, afin de « créer des espaces propices à une autre forme de lecture ». Il explique qu’environ un tiers des collections de la BPI sont des ouvrages de littérature, qui sont sous utilisés puisque la BPI ne fait pas de prêts et ne propose que des salles de lectures.

Pour encourager la lecture de romans, de poésie, de pièces de théâtre ou de B.D., l’idée serait donc de « faire quelques espaces non saturés en chaise et en table, plus confortables avec des sièges par exemple » précise M. Bazin, ce qui attirerait aussi un public plus diversifié, autre que les étudiants, représentant 65% des fréquentations en 2009, selon la BPI.

La syndicaliste de la FSU a rappelé que la BPI est l'une des rares bibliothèques de la région facile d'accès à proposer une consultation gratuite d'une large palette d'ouvrages: « Il n’y a pas que des étudiants, il y a aussi des journalistes, des chercheurs, des écrivains. Tant que la situation en région parisienne ne sera pas meilleure en offre pour les bibliothèques, il n’y aura pas de baisse des fréquentations des étudiants. Une fois de plus, on risque surtout de perdre beaucoup de lecteurs et de ne pas les récupérer. »

Pour Patrick Bazin, « il ne s’agit pas de tout supprimer et de mettre en place d’autres espaces qui ne ressemblent plus à des salles de lecture, ni de chasser les étudiants », a-t-il souligné, « il faut qu’il y ait toujours des salles de lectures, mais plus uniquement (…) La BPI est une bibliothèque pour tous les publics. Notre devoir et notre fonction sont d’être au service de tous. »