Bras de fer international entre Abebooks et les libraires de livres anciens

Nicolas Gary - 06.11.2018

Edition - International - libraires livres anciens - Abebooks boycott libraires - livres anciens internet


La mobilisation est devenue considérable chez les libraires de livres anciens. Après que des confrères ont été exclus sans explication du site Abebooks (filiale d’Amazon), un vent de révolte a soufflé. Et spontanément, a été lancée la Banned Booksellers Week. En protestation, ils sont désormais plus de 475 à avoir retiré leurs ouvrages du site de vente.


Three-year-old Jennifer Adair with a book, Montreal, Quebec / Une lectrice de trois ans, Jennifer Adair, lit dans une bibliothèque publique de Montréal (Québec)
BANQ, CC BY 2.0

 

Depuis notre premier article, où une soixantaine de libraires s’étaient déclarés en grève ou en vacances, le mouvement a pris une ampleur colossale. Les membres de l’ILAB, International League of Antiquarian Booksellers (Ligue internationale de la librairie ancienne), ont rallié la cause. Sur plus de 1000 membres, près de la moitié a choisi de supprimer ses ouvrages de la plateforme.
 

Plus d'informations, peut-être ?

 

Le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM) a diffusé un message à ses membres, faisant état de la situation. « Sally Burdon, présidente de la LILA, rendez-vous mercredi prochain avec les responsables d’Abebooks pour comprendre leurs explications », indique Henri Vignes, président du SLAM. 

 

Et ce dernier incite à « soutenir et amplifier cet élan de protestation et j’invite tous nos adhérents qui vendent des livres sur ce site à suspendre leur compte provisoirement ». 

 

Tout part en effet de ce que Abebooks a choisi de couper purement et simplement les comptes de libraires situés en République tchèque, Hongrie, Corée du Sud et Russie. Le président du SLAM évoque « un problème ponctuel », mais qui met en lumière « notre indépendance dans l’économie numérique ». Et une fois de plus, c’est le site lyonnais Livre-Rare-Book qui est proposé en alternative, attendu que ce dernier fonctionne sur un modèle d’abonnement, sans prélever de commission.
 

Mobilisation internationale
des libraires anciens contre Abebooks

 

« Une prise de conscience collective est en train d’émerger au niveau international », poursuit le président, qui invite ses confrères à prendre part à la Banned Booksellers Week. 

 

Près de 3 millions de livres retirés : quel impact ?
 

À cette heure, 2,71 millions de livres ont été retirés d’Abebooks, dont l’ensemble du modèle économique est alors mis en réel danger. Cependant, la société n'est pas totalement dépendante de ce que les libraires de livres anciens peuvent apporter d’offre.

En effet, sur le modèle d'Amazon qui, dans un pareil cas, pourrait toujours se reposer sur les ouvrages d’occasion, ou encore son offre d’autopublication, Abebooks dispose de ressources, contestées.


Un libraire nous précise : « Abebooks s’est ouvert à tout et n’importe quoi, ce qui est un sujet de friction. Par exemple à des particuliers, que rien ne distingue des vendeurs professionnels offrant des garanties. De même, une très large part du stock officiel d’Abebooks est constitué d’impressions à la demande – donc de vendeurs de photocopies de scans de livres... »

Pour ce qui est des ouvrages en impression à la demande, l’affaire est tout de même tordue. Imaginons (chiffre non contractuel...) qu’il existe 3 millions de livres numérisés disponibles à la vente, chacun proposé en moyenne par 10 vendeurs sur Abebooks, cela fait « 30 millions de livres » qui ne sont en réalité qu’un seul et même PDF.

« Et les pauvres clients ont de plus en plus de mal à s’y retrouver, car souvent les annonces ne disent pas qu’il s’agit de simples tirages sur imprimante », relève le libraire.
 

Un bras de fer international


Impossible d’établir sérieusement le nombre de titres proposés par le marchand ni même les partenaires libraires réels – hors particulier, donc. Les 2,71 millions de titres retirés ne sont toutefois pas une goutte d’eau dans l’océan : la légitimité et l’assurance que portent les libraires membres de l’ILAB sont un gage primordial pour Abebooks.

« Évidemment, c’est là où on se tient par la barbichette : on peut difficilement se passer d’eux, mais nos livres sont pour eux le produit phare, celui qui attire la clientèle du site, et sans lequel Abe ne serait qu’un clone de la maison mère », poursuit le libraire.  La campagne de boycott ne sera donc pas sans conséquence.
 

À cette heure, Abebooks n’a toujours pas fait de commentaires. De son côté, l’ILAB évoque un acte de solidarité sans précédent, derrière le motto de l’association, « Amor Librorum Nos Unit » – L’amour des livres nous unit. Une action certes temporaire, puisqu’elle prendrait fin ce 11 novembre, mais le bras de fer contre une filiale d’Amazon n’est jamais anecdotique. 




Commentaires

Bonjour Actualitte, Quelle est la source/référence de la photo. Je vous remercie. Cordialement.
Bonjour

C'est noté juste sous la photo : BANQ, pour Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Bonne journée
Bonjour,



je vous remercie pour votre réponse. J'ai fait quelques recherches entre-temps. Voilà la source:

Canada. Department of Manpower and Immigration. Library and Archives Canada, e011055627 /

Three-year-old Jennifer Adair with a book, Montreal, Quebec / Une lectrice de trois ans, Jennifer Adair, lit dans une bibliothèque publique de Montréal (Québec)

https://www.flickr.com/photos/lac-bac/15155283708

cordialement,

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