Bricoler, rectifier un ebook à volonté : véritable liberté du numérique ?

Clément Solym - 12.05.2010

Edition - Société - modification - amazon - ebooks


Homothétique, le livre numérique. C'est-à-dire semblable à la version papier, en ce qu'il n'en est que l'exacte reproduction numérisée. Difficile d'y voir pour le moment un outil de création. D'une certaine manière, peut-être ne faut-il pas encore imaginer le livre numérique comme un texte qui peut évoluer en permanence... D'ailleurs, quand c'est Amazon qui les fait évoluer, ces livres, cela donne lieu à d'étonnantes réactions.

Le cybermarchand s'est toujours octroyé le droit de corriger et réviser les ebooks vendus sur son Kindle. On s'en souvient, il s'abroge le droit également d'en supprimer directement sur le lecteur ebook quand il l'estime nécessaire. De la sorte, le vendeur a la possibilité de mettre à jour et d'éditer un texte, de sorte qu'il puisse être instantanément mis à jour.

Rectificatifs en direct-live !

C'est ce qui est arrivé avec Enemy of the State, un roman daté de 1984, écrit par F. Paul Wilson. Selon plusieurs clients détenteurs d'un Kindle, il manquait plusieurs chapitres à la version numérique. Amazon le reconnaît bien volontiers : cela arrive de temps à autre que pour des livres de fiction ou de non fiction, des correctifs soient apportés. Et l'auteur lui-même trouve cette possibilité tout à fait intéressante.

Bilan des courses, le cybermarchand envoie parfois des courriers aux personnes qui se sont procuré les livres, pour leur signaler l'apparition d'une mise à jour (voir le billet de Teleread, justement sur le livre de Wilson)

On peut alors y apprendre que la version ebook achetée « contenait quelques erreurs qui ont été corrigées ». Mais avec cette mise à jour, on perd par ailleurs tous ses marque-pages, ses notes et ainsi de suite.

Bricoler à tout jamais

La correction en temps réel présente bien des avantages. Dans le cas de Wilson, une erreur s'est produite durant la conversion de son ouvrage au format Kindle et les trois derniers chapitres avant l'épilogue ont disparu tout bonnement. Une affaire de quelques minutes, pour que s'opèrent les modifications, rapporte Wilson, alors que par le passé, sur des versions imprimées, on vit avec cette erreur jusqu'au prochain tirage. Et impossible pour les personnes ayant déjà acheté le livre d'obtenir une mise à jour.

« Je ne crois pas qu'un livre soit jamais parfait. Les ebooks offrent la possibilité de bricoler à l'infini, ce qui n'est pas une bonne chose pour moi », conclut cependant l'auteur.

Le degré d'exigence

« Absolument pas d'accord », nous rugit dans l'oreille un éditeur français qui a refusé l'ebook pour le moment. « Le travail et l'attention que vous mettez dans un livre, c'est l'essence même de notre boulot. Évidemment, dans l'absolu, pouvoir opérer des modifications de ce genre, c'est intéressant. Mais cela signifie aussi que l'on va pouvoir négliger certains aspects, comme la relecture - et donc supprimer le poste d'une personne qui en avait la responsabilité ?

Bien sûr qu'il est utile de pouvoir revenir en arrière et de changer - dans le cas d'un article sur Internet, ou d'un billet de blog. Mais le papier réclame une exigence tout autre : puisqu'une fois que l'on passe à l'impression, on ne peut plus revenir en arrière, il est impératif d'avoir tout vérifié. C'est ça, c'est du bricolage !
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