Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


Écrivaine et plasticienne, Brigitte Mouchel aime aussi sortir de son atelier pour aller à la rencontre des gens et se mêler à la rumeur du monde. Elle était en résidence dans un joli coin des Côtes-d’Armor, Le Mené, de janvier à juin 2017.

 

« Comme beaucoup d’autres auteurs, j’ai l’impression que j’écris depuis toujours. Je suis plasticienne, aussi. Et j’ai remarqué que les titres de mes tableaux devenaient de plus en plus longs. Au point qu’un jour, quelqu’un a voulu m’acheter le titre ! » 



 

Née et élevée en région parisienne, dans une famille d’ingénieurs ouverte à la lecture, Brigitte Mouchel penche d’abord pour un IUT de mécanique générale. « J’ai mis du temps. Je suis comme ça : j’aime prendre mon temps pour faire les choses. J’étais dans une famille qui ne me poussait pas naturellement vers l’art. Et j’étais peut-être plus attirée par les garçons du lycée technique. J’aimais bien ce côté manuel. D’ailleurs, cette expérience m’a permis de travailler un peu à l’usine, et ça, je ne le regrette pas. En fait, je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire, être artiste. » 

 

Brigitte prend quand même la tangente et s’inscrit en 1982 à l’École des beaux-arts de Nantes, qu’elle quitte avant la fin du cursus. Elle opte un temps pour l’artisanat d’art, fabrique des marionnettes qu’elle vend dans les foires d’artisanat du sud de la France. Les premiers tableaux intègrent des objets, du textile, avant que sa création s’épure peu à peu, et que l’écriture prenne toute sa place. 
 

J’ai toujours écrit des textes courts, de la poésie, comme issue de mes tableaux


 

Des textes que Brigitte Mouchel retravaille jusqu’à l’essentiel, jusqu’à l’os. Ses thèmes d’inspiration favoris : la famille, la transmission, la relation mère-fille, l’exil, l’errance, l’influence de l’actualité. « J’aime explorer la rencontre de la petite histoire, du quotidien, de la singularité avec la grande Histoire, l’actualité. J’opère toujours de la même façon, à partir d’un brouillon. Après, j’épure, j’enlève. Je travaille la signification de chaque mot. Parfois, il ne reste plus qu’un petit truc, au milieu d’un brouillon raturé de partout. »

Mais l’écriture, comme la peinture, ne saurait suffire. Brigitte a également suivi une formation Defa (Diplôme d’État relatif aux fonctions d’animation). « Je ne voulais pas être juste enfermée dans mon atelier. Je me suis toujours engagée dans des associations culturelles, pour ne pas être coupée du monde. » Comme à Douarnenez, par exemple, où elle réside depuis plusieurs années, et où elle fut présidente du Festival de cinéma. « Il y a des moments où j’ai besoin d’être avec les gens, et d’autres où, pour créer, j’ai besoin d’une sorte de repli, de solitude. Et la résidence d’artiste me convient parfaitement, parce que c’est exactement ça, cet aller-retour. » 
 

Dans le Mené, autour de Collinée, où elle était en résidence, Brigitte Mouchel a eu le choix entre plusieurs logements. Elle a opté pour une petite maison dans un petit bourg, pour être plus près des gens, de leur vie quotidienne à la campagne. Ses tableaux sont pourtant inspirés par l’architecture, plus urbains que ruraux, jouant le réel pour mieux créer le décalage et le trouble.

« Je ne suis pas fascinée par la campagne pour la campagne, c’est vrai. Ce qui m’intéresse, c’est comment les gens habitent un paysage, comment ce paysage influe sur leur vie, sur leur être, comment, quand tu vis dans un coin du monde, tu es en lien avec le monde entier, aussi. Au cours de la résidence, on m’a proposé de me faire rencontrer quelqu’un qui connaît le Mené comme sa poche. Mais je ne vais pas écrire l’histoire des gens de ce pays, qu’ils connaissent bien mieux que moi. Ce qui est intéressant et en même temps un pari, dans une résidence, c’est qu’il n’y a pas de véritable commande d’un texte. Alors, je m’imprègne du territoire, des gens et du moment particulier que nous vivons. Une période électorale, d’incertitude, et aussi de changements pour le territoire du Mené, qui veut garder son identité, son autonomie et en même temps s’ouvrir. » 

Brigitte travaille également sur un second recueil de poésie, Et qui hante, à paraître chez Isabelle Sauvage, comme le premier. « L’écriture m’apporte beaucoup de débouchés, en ce moment. Ça a mis du temps, mais je commence à être repérée ; on m’invite pour des lectures, pour des ateliers d’écriture, de plus en plus. Et j’aime ça. Faire provision de mots, dans un atelier. Enlever les adjectifs pour voir ce que ça fait. Faire en sorte que les gens se rendent compte de leur singularité, et qu’ils ne cherchent pas à ce que ça soit beau, à la fin, mais plutôt que ça ressemble à ce qu’ils avaient envie de dire, à ce qu’ils sont. » 

 

http://brigittemouchel.ultra-book.com/

https://ecrituresvagabondespaysdumene.wordpress.com/

 

Gérard Alle

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne