Brûler les livres juifs, l'hyperbole sulfureuse du ministre

Clément Solym - 24.05.2008

Edition - Société - Egypte - hyperbole - ministre


Le 14 mai dernier, le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, tient une conférence au Parlement égyptien. Au fil de son discours, il lance : « Je brûlerais moi-même les livres israéliens si j'en trouvais en Égypte. » Réaction immédiate de l'ambassadeur d'Israël au Caire, Shalom Cohen, qui voit là des paroles « très dures et émoussées, qui rendent impossible pour Israël et pour la communauté internationale la continuité d'un agenda avec l'Égypte ».

Les tensions montent diplomatiquement entre les deux pays, d'autant que le président Bush était en visite cette semaine en Israël, et la mayonnaise menace de tourner quand on ajoute que Farouk Hosni est candidat à un poste au sein de l'UNESCO, en qualité de secrétaire général des sciences et de la culture. Israël envisage donc de s'opposer à son élection. Quelques éléments du passé de l'homme politique sont alors immédiatement remontés à la surface : voilà plusieurs années, il aurait même accusé Israël de vouloir dérober la culture égyptienne...

Un manque cruel de connaissances stylistiques

Mais voilà, jeudi, retournement de situation. Farouk Hosni revient sur sa déclaration et s'appuie sur une figure de style, l'hyperbole. Le ministre répondait en effet à un membre dudit parlement qui prétendait que les librairies sont pleines de livres. Et Farouk, contestant ce point : « J'ai nié et lui ai dit, en utilisant une hyperbole, que si ces livres existaient je les brûlerais moi-même. C'était une façon de confirmer l'absence de ces livres, non d'affirmer mon intention d'en brûler. » Et de fait, le jour même, la ministre se rendait sur une chaîne publique de la télévision et déclarait que « les livres israéliens devaient être traduits en arabe pour mieux faire découvrir la culture des Israéliens, qui eux, traduisent beaucoup de livres en arabe et nous connaissent bien mieux ».

Et d'ajouter qu'en sa qualité de ministre de la Culture, il ne saurait cautionner l'autodafé. Il aura ensuite fallu répondre aux remontées d'incidents passés : Farouk Hosni a balayé les rumeurs et scandales d'un revers de main. Si ce qu'on lui impute était vrai, concernant le vol de la culture égyptienne par les juifs, pourquoi aurait-il commandé la restauration du temple et la préservation de papyrus juifs ?