medias

Bruno Racine : plomber les finances publiques, une chance à saisir ?

Nicolas Gary - 01.02.2013

Edition - Bibliothèques - Bruno Racine - numérisation - finances publiques


Il n'y a pas de cause qui ne mérite d'être défendue, pas moins que de partenariat public privé qui n'ait besoin d'être expliqué. C'est à ce titre que M. Bruno Racine vient de publier une tribune dans Le Monde, pour faire taire les critiques qui pointent des accords déloyaux. C'est que la BnF s'apprête donc à numériser des oeuvres du domaine public, 70.000 livres et 200.000 vinyles, puis à exploiter commercialement le produit de cette numérisation. Mais tout cela est parfaitement normal.

 

 

 

 

C'est dans le cadre de l'ancien Grand Emprunt, et nouvellement Investissements d'avenir, que s'inscrit ce programme. « Le but est en effet d'exercer un effet de levier sur l'investissement privé, de créer de l'emploi, d'aider au développement des acteurs de l'économie numérique. Il fallait naturellement saisir cette chance », écrit le président de la BnF.

 

Pour ce faire, 5 millions € ont été débloqués, rappelle le président, une dotation venant de l'argent public, qui aurait été multiplié par trois, si l'établissement avait dû se charger de la numérisation. Et d'ajouter : « Plus d'une quarantaine d'emplois vont être créés en France grâce à ces projets et une société française qui s'affirme comme un leader en Europe verra son développement consolidé. »

 

Si l'exercice de justification des positions prises est intéressant, et qu'il intervient juste après que la ministre elle-même se soit fendue d'une réponse au député Rogemont, plusieurs points restent encore très chaotiques. 

 

Tout d'abord, contestant les critiques faisant état d'une « expropriation du bien commun » ou encore de « privatisation du domaine public », le président oublie de répondre aux problèmes essentiels. S'il est admis que tout autre acteur souhaitant numériser les oeuvres en question pourra opérer sans peine, reste qu'il y a bien une exclusivité sur la commercialisation des oeuvres. En effet, seules la BnF et la société pratiquant la numérisation sont autorisées à vendre le produit de la numérisation.

 

Autrement dit : un éditeur qui souhaiterait exploiter les oeuvres, après les avoir numérisées, ne pourra pas vendre lui aussi. Or, nous l'avons déjà signalé, il est saugrenu qu'un établissement gestionnaire du fonds public soit également son exploitant. 

 

Dérive commerciale : Ô que ma quille éclate !

 

Si à ce titre il n'y a pas de dérive commerciale, « puisqu'il n'y a aucune sélection des corpus en fonction de leur potentiel marchand et que tous les revenus de la filiale sont réinvestis dans la numérisation du patrimoine », on peut maintenir la question sur le fait que la dérive réside dans ladite exclusivité. Et c'est justement là que le bât blesse. 

 

D'autre part, mais nous y reviendrons dans un article complet, il semble bien que les précédents accords passés entre ProQuest et les différents pays où la société américaine s'est vu confier la numérisation d'oeuvres, n'ont jamais - absolument jamais - été réalisés dans de pareilles conditions. Pourquoi cette exception française, sinon pour répondre à des impératifs encore flous ?

 

Enfin, et sur ce point, tant le ministère que la BnF restent volontairement muets, s'il s'agit de vendre des bases de données à des bibliothèques universitaires, puisque, comme le souligne le président de la BnF « cette collection souvent en latin, intéresse en premier lieu les chercheurs », comment parler de saine gestion ? D'un côté, l'argent public va donc servir à numériser, quand de l'autre, c'est de nouveau de l'argent public qui servira à rembourser, en achetant les bases crées ! Le paradoxe ne manque pas d'intérêt, et nous attendons la réponse du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sur cette épineuse question...

 

On pourra se référer à l'intervention, sur France Culture, d'Anne Vernueil, présidente de l'Association des bibliothécaires de France, pour qui l'opération est « contraire à la mission de service public d'un équipement national comme la BnF ». (commence à 1'55

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.