Bryan Perro en appelle au soutien de la librairie québécoise

Julien Helmlinger - 12.01.2015

Edition - International - Bryan Perro - Librairie - Chaîne du livre


Pour l'écrivain, éditeur, mais aussi libraire Bryan Perro, le gouvernement libéral de Philippe Couillard nuirait au secteur du livre québécois. L'auteur d'Amos Daragon craint un effritement de la culture locale au bénéfice de ce qu'il qualifie de « rouleau compresseur américain » et estime qu'aucun encadrement à court terme ne vient protéger les librairies agréées en cette période de crise. Selon lui : « On ne peut pas dire qu'on a un gouvernement et un ministère de la Culture qui ont mis le livre au centre de leurs priorités. »

 

 

Photo via Facebook

 

 

Bryan Perro rappelle que l'année 2014 a été difficile pour les libraires, ce qui s'est notamment traduit par des fermetures de boutiques en série. Alors que sa propre librairie, installée il y a environ un an à Shawinigan, semble prospérer, de même que sa maison d'édition, il estime que sans encadrement de l'industrie par le gouvernement cela pourrait changer. Une intervention que l'Association des libraires du Québec (ALQ), dont il est membre, réclame depuis deux ans.

 

L'écrivain dénonce l'abandon du projet de prix unique du livre comme un retour « à zéro » après des mois d'effort, alors que, selon lui, l'ex-ministre de la Culture Maka Kotto avait « le soutien du milieu ». Malgré les promesses du court mandat du Parti Québécois, le projet de loi n'a jamais été déposé et les libéraux ont officiellement écarté l'idée à leur arrivée au pouvoir. Perro ne croit pas que de simples programmes de subvention puissent être un moyen durable de soutenir la profession.

 

Fin du projet Prix unique ?

 

« C'est un sujet dont on ne parle plus. En juin, ça a été tassé. On attend le "d'autre chose" [promis par le Ministère], mais ça ne vient pas. Je pense qu'ils ne le savent pas non plus eux-mêmes [ce qu'ils veulent faire] », suppose Bryan Perro, alors que la ministre de la Culture Hélène David doit donner des précisions au cours du mois à venir. Avant les fêtes de fin d'année, son cabinet avait annoncé qu'un plan de soutien aux librairies était sur le point d'être dévoilé.

 

Il en appelle au prix unique du livre afin que les libraires puissent concurrencer les grandes surfaces comme Walmart et Costco, et les promotions agressives de ces géants. Lui-même est bien placé pour savoir quelle manne financière peut représenter la grande distribution pour un auteur. Mais il constate également que dès qu'un titre n'est plus considéré comme étant « la tendance », le lecteur n'a alors plus qu'à se rendre en librairie pour espérer le trouver.

 

« Quand ces fonds-là disparaissent [ceux des librairies]. On n'a plus accès à notre culture. C'est ça, l'enjeu véritable. On n'est pas un peuple qui peut appauvrir sa culture. Sinon, on perd du terrain sur le rouleau compresseur américain », soutient Bryan Perro. Selon les chiffres de l'ALQ, la province continue de creuser son « déficit » en matière de librairies. Au cours des années 2013 et 2014, le territoire aura vu 14 établissements agréés mettre la clé sous leurs portes.

 

Depuis 2008 au Québec, ce déficit est estimé à hauteur de 23 librairies et le manque de relève ne serait pas seul en cause. En collaboration avec d'autres associations de la chaîne du livre, dont des écrivains et des éditeurs, l'ALQ tente de limiter ces dégâts. L'association estime par ailleurs que la Loi sur le livre doit se moderniser et inclure l'ebook, marché largement dominé par Amazon. La directrice générale de l'ALQ, Katherine Fafard, attend donc elle aussi de pied ferme un plan de soutien aux librairies.

 

La ministre Hélène David, en réponse à une lettre ouverte qui lui était adressée par la Table de concertation du livre, dont l'ALQ est partie prenante, en avait fait la promesse le 19 décembre 2014. Pour ce qui est du prix unique, Katherine Fafard n'y croit plus : « On nous a dit clairement que c'était hors de question d'aller vers ça. On attend d'autres mesures. [...] Une librairie n'est pas un commerce comme un autre. J'espère qu'ils l'ont compris. » Verdict « en janvier ou en février », selon le cabinet de la ministre.

 

(via Le Soleil)