Budget pour la Culture : la déferlante de la présidentielle

Clément Solym - 19.07.2011

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S'il a chuté dans les sondages, en perdant 6 points, à 48 %, selon le baromètre Ipsos que publiera Le Point jeudi, Frédéric Mitterrand ne démord pas de sa mission pour la culture.

C'est ça que de prendre quelques jours pour visiter le Japon, en plein 14 juillet : à son retour, il y a forcément des surprises. Et ces dernières sont venues notamment des engagements pris par Martine Aubry, qui a annoncé une augmentation du budget alloué à la rue de Valois de l'ordre de 30 à 50 % en cas de victoire à la présidentielle. Ce qui représenterait entre 200 et 250 millions € chaque année, pour la durée du mandat.

Martine Aubry s'enflamme

Citée par l'AFP, la candidate, durant le festival d'Avignon, vendredi, à l'occasion du Forum Libération, face à 600 personnes, a mis les points sur les "i". « On est à 2,7 milliards aujourd'hui. Il faut regarder la totalité : c'est 10,7 milliards, la culture : 7 milliards venant des collectivités locales, 2,7 de l'État. C'est à l'évidence totalement insuffisant et si on veut avoir une véritable politique d'État, il faut une augmentation de 30 à 50 % du budget de la culture. »

Et selon elle, l'idée serait de taxer les heures supplémentaires, actuellement défiscalisées, ce qui rapporterait 4,5 milliards €, dont donc permettraient de créer 300.000 emplois. Et donner 1 milliard € à la culture.

Riester joue au pyromane politique

Pour le secrétaire national de l'UMP, Franck Riester, l'idée est incongrue : « Pour crédibiliser sa proposition ahurissante, elle a le culot de proposer le financement de ces dépenses par la suppression de la détaxation des heures supplémentaires. » Ce qui « reviendrait tout simplement à les financer en ponctionnant le pouvoir d'achat des Français, puisque ce sont les salariés de notre pays qui profitent de cette détaxation ».

Mitterrand défend son bout de gras

Une volée de bois vert qui n'a pas manqué de faire réagir l'actuel ministre de la Culture, qui, à son retour du Japon, se voir contraint à la réaction. Et se saisit de Libération pour ce faire.

Attention à ne pas brandir l'argent pour compenser une absence d'idées, souligne le ministre. D'autant plus que son action est loin du désengagement, « c'est totalement faux ».

« Ce qui est vrai, en revanche, c’est que certaines collectivités territoriales, et notamment socialistes, font désormais de la culture une variable d’ajustement budgétaire. Et puisqu’il n’y avait que deux pages sur la culture dans le projet socialiste, que parmi les 30 mesures envisagées par ce même parti une seule ligne était consacrée à la culture et au sport, je conçois assez bien qu’il y ait eu le désir d’une séance de rattrapage ! Mais ce n’est pas une raison pour entendre Harlem Désir dire que la culture a été abandonnée. »

Mitterrand ne manque pas d'effet d'annonces, en expliquant à nos confrères que sur les questions du prix unique du livre, en 81, mais également sur le financement du cinéma, il a diligenté des missions, dont on attend les résultats. « Et vous verrez certainement des initiatives importantes. »

Et Hollande fait relativiser tout le monde

La réaction de François Hollande ne s'est pas fait attendre. Ce dernier estime que Martine Aubry joue à la surenchère, et finalement, le candidat PS préfère refuser de jouer ce jeu. La Culture n'est pas qu'une question de budget, ajoute-t-il, et d'autres ministères nécessitent évidemment qu'on leur consacre toute l'attention indispensable. Et de citer l'Éducation, les Affaires étrangères où il sera impératif de « réviser nos politiques publiques ».

Réaction de Martine Aubry : « Il a raison. Il faut juste faire ce qu’il faut, c’est-à-dire donner les moyens d’exister à la création artistique, c’est exactement ce que je propose. »