Bukowski, artiste libre et heureux loin de l'aliénation du travail

Louis Mallié - 18.07.2014

Edition - Société - Bukowski - Travail - Condition d'écrivain


Avant d'être l'écrivain qu'il est devenu, Charles Bukowski a vécu de nombreux « petits boulots », dont l'expérience a d'ailleurs abondamment nourri son œuvre. Engagé dans une poste à l'âge de 32 ans, il y restera près de quinze ans, avant que le succès du Journal d'un vieux dégueulasse ne vienne le tirer de ce qu'il considère, dans une lettre rapportée par Open Culture, comme de « l'esclavage ».

 

 

 

 

Datée de 1986, la lettre est destinée à son éditeur chez Black Sparrow Press, John Martin. C'est d'ailleurs ce même éditeur qui avait permis à l'auteur de conquérir son indépendance, lui offrant 100 $ par mois pour vivre, et écrire à plein temps.

 

À ce titre, la lettre de Bukowski fait état du sentiment de liberté qu'il éprouve, loin du « 9 to 5 » (travail de 9 heures à 17 heures). Il ne manque donc pas de critiquer fortement ces métiers : « Ce n'est jamais de 9 à 5, à aucun moment il n'y a de pause déjeuner, et beaucoup, afin d'être surs de conserver leur travail, ne déjeunent pas. » En outre, celui-ci pointe le cercle vicieux du système : « ils ne payent jamais les esclaves suffisamment pour qu'ils puissent prendre leur liberté. »

 

Et de conclure de manière laconique : « Vous connaissez mon vieux proverbe : l'esclavage n'a jamais été aboli, il a seulement été étendu à toutes les couleurs. » Bien sur, la comparaison est à prendre avec du recul, mais elle n'en reflète pas moins l'état d'esprit de l'écrivain et son goût pour le monde du travail… C'est pourquoi l'auteur s'indigne de l'aliénation progressive qui enserre selon lui les travailleurs :

« Ce qui fait de la peine, c'est la part en perpétuelle diminution de personne combattant les anciens métiers dont ils ne veulent pas, mais qui craignent que les nouveaux soient pires. […] Il y a des corps avec des esprits craintifs et obéissants. Les yeux perdent leur couleur. Les voix deviennent laides. Les cheveux. Les ongles. Les chaussures. Tous les vêtements. »

 

« Enfant je ne pouvais pas croire que les gens dévouent leurs vies à cela. Désormais plus âgé, je ne peux toujours pas comprendre cela. Pourquoi font-ils cela ? Le sexe ? La télé ? Un prêt mensuel pour se payer une voiture ? Des enfants ? Ces enfants qui feront exactement la même chose que leurs parents ? »

 

De fait, Bukowski prend en considération la chance - « le miracle » - qu'il a de s'être extirpé du système et de pouvoir travailler en artiste « libre ». « Aussi, la chance que j'ai finalement eu de me tirer de cela - peu importe le temps que cela m'a pris - m'a donné une sorte de joie, la joie gaie d'un miracle. J'écris maintenant d'un vieil esprit et d'un vieux corps, […] mais depuis que j'ai commencé, je dois à moi-même de continuer. »