Bygmalion/Filippetti : secret de l'instruction violé pour couvrir le cabinet ?

Antoine Oury - 08.07.2014

Edition - Société - Ministère de la Culture - Bygmalion - Aurélie Filippetti


 Dans la tentaculaire « affaire Bygmalion », les services publics ont également pris un coup dans l'aile : France Télévisions, alors dirigée par Patrick de Carolis, aurait également réglé quelques factures à Bygmalion, sans qu'aucun appel d'offres, pourtant obligatoire, ne soit préalablement effectué. La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a invité à éviter « tout amalgame » entre la présidence de Carolis et celle de Pflimlin. Mais un peu de contexte ne fait pas de mal.

 
 
FRANCE TELEVISIONS
(patrick janicek, CC BY 2.0)
 
 

Le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke a été désigné en charge de l'affaire, particulièrement médiatisée en raison des facturations de Jean-François Copé au nom de l'UMP : d'autant plus que Bastien Millot, créateur de Bygmalion et mis en examen, est l'un de ses proches. Jusqu'en 2008, Millot était également directeur délégué de la stratégie auprès de Patrick de Carolis, avant de quitter son poste pour créer la société spécialisée en communication. 

 

La signature de plusieurs contrats entre 2010 et 2013, pour des services de communication ou de réponse aux mails des téléspectateurs, a jeté des soupçons de favoritisme sur Patrick de Carolis, remplacé en 2010 par Rémi Pflimlin. Toutefois, la ministre garantit que les pratiques condamnables font partie de l'ère Sarkozy : « Depuis 2012, on a rétabli les conditions éthiques dans la passation des contrats de France Télévisions », assure-t-elle.

 

« On parle de la période Patrick de Carolis. Ces contrats ont été passés à cette époque-là. Quand Rémy Pflimlin est arrivé avec son équipe, il a mis fin et éteint progressivement les contrats Bygmalion. C'est ce qu'il a dit au juge », explique la ministre sur France Culture. 

 

Ce faisant, elle couvre en partie son directeur de cabinet Martin Ajdari : convoqué en 2010 par Rémy Pflimlin au poste de secrétaire général de France Télévision, il aurait aidé le N°1 à purger les comptes des soupçons de favoritisme. Reste la période 2010-2012...

 
Couvrir les collaborateurs au prix du secret de l'instruction ?
 

Cependant, comme le rappelait Le Parisien au moment de la nomination de Martin Ajdari au poste de directeur de cabinet d'Aurélie Filippetti, celui-ci a bien été entendu par le juge Van Ruymbeke le 6 décembre 2013, en qualité de témoin assisté. Il avait reconnu, lors de l'audition, avoir renouvelé les contrats sans mise en concurrence.

 

La nomination du 26 mai dernier au poste de directeur de cabinet faisait inévitablement lever quelques sourcils, notamment ceux du syndicat CGC de France Télévisions : « Personne ne conteste la présomption d'innocence dans cette affaire. Mais on peut s'interroger. Quel est le signal que l'on envoie aux Français sur la gestion d'une entreprise de service public lorsqu'on nomme un homme impliqué dans une telle affaire ? Cette affaire prend une tournure politique alors qu'elle était uniquement judiciaire jusque-là », soulignait Jean-Jacques Cordival, président de la fédération CGC des médias.

 

D'ailleurs, cette même fédération, partie civile dans la plainte déposée contre les dirigeants de France Télévisions, s'exprime vivement sur les propos de la ministre, sur France Culture. En déclarant que les contrats concernaient la période Carolis, et surtout que « [c]'est ce qu'il [Rémy Pflimlin, NdR] a dit au juge dans le cadre de son audition comme témoin assisté » le 3 juillet dernier, la ministre aurait simplement violé le secret de l'instruction, toujours en cours.

 

La fédération pointe le fait que l'accès au dossier est réservé à l'avocat du prévenu qui, s'il n'est pas mis en examen, est tout de même « nommément visée par un réquisitoire introductif, [fait] l'objet d'une plainte, ou mise en cause, contre laquelle existent de simples indices ». (voir Wikipédia) C'est une présomption d'innocence à double vitesse qui s'exercerait, selon que l'on parle de Carolis, ou de Pflimlin et Ajdari.

 

Le prix à payer pour un cabinet serein ?

 
 
(L'intervention de la ministre sur l'affaire Bygmalion débute à 83:30)